Machgielis Euwe dit Max Euwe ([ˈøːʋə]), né le à Watergraafsmeer (Pays-Bas) et mort le à Amsterdam, est un joueur d'échecs et professeur de mathématiques néerlandais.
Il est le cinquième champion du monde d'échecs, de 1935 à 1937. Bien qu'il pratiquât les échecs en amateur, au contraire des autres champions, Euwe a beaucoup travaillé au service des échecs et a notamment été le président de la Fédération internationale des échecs (FIDE) de 1970 à 1978.
Il a également publié de nombreux livres sur les échecs (la plupart coécrits avec un autre auteur) parmi lesquels d'innombrables manuels traduits dans de nombreuses langues, une Théorie des ouvertures () en plusieurs volumes, connue dans le monde entier, sans compter une revue mensuelle sur les ouvertures ( ; en français : Archives des échecs), fondée en 1949.
Biographie et carrière Débuts aux échecs (1901-1921) Machgielis (appelé par ses amis Max) Euwe naquit en à Watergraafsmeer dans la banlieue d'Amsterdam. Euwe avait quatre ans quand sa mère lui apprit à jouer aux échecs. À dix ans, il remporta un tournoi le jour de Noël sans perdre une partie. À partir de 1918, il étudia les mathématiques à Amsterdam, interrompant brièvement ses études pour pouvoir consacrer plus de temps aux échecs. À partir de 1919, il fut l'un des meilleurs joueurs des Pays-Bas dont il remporta le championnat à vingt ans, en 1921.
Docteur en mathématiques thumb|Max Euwe, sa femme et ses petits-enfants en 1966 En , Euwe obtint sa licence en mathématiques cum laude, et il devint enseignant de mathématiques. Après avoir été stagiaire, il fut pendant deux ans enseignant de mathématiques à Rotterdam dans une école supérieure, puis enseignant de mathématiques dans un lycée pour jeunes filles à Amsterdam, tout en se consacrant à la rédaction de sa thèse de doctorat auprès du fondateur de la logique intuitionniste Luitzen Egbertus Jan Brouwer. Une thèse cum laude soutenue le et intitulée Variantes différentielles de deux champs vectoriels covariants à quatre variables. En 1929, il publia une dissertation en allemand sur la théorie du jeu des échecs considéré dans une perspective intuitionniste. Le titre en était .
En , Max Euwe épousa Carolina Elisabeth Bergman (1905-1992). De ce mariage sont nées trois filles dont Caroline Euwe, écrivain pour enfants.
L'ascension vers le championnat du monde d'échecs (1920-1934) thumb|Max Euwe en 1935. En 1920 et 1921, Max Euwe commença à affronter en match des joueurs plus forts que lui : Richard Réti en 1920 (défaite 1 à 3) ; Geza Maroczy, en 1921 avec qui il fit match nul 6 à 6 ; Alexandre Alekhine en 1926-1927 ; Efim Bogoljubov à trois reprises : en 1928 (championnat du monde de la Fédération internationale des échecs) et 1928-1929, match perdus sur le même score : 4,5 à 5,5, puis en 1941 ; José Raul Capablanca en 1931 ; Rudolf Spielmann en 1932 et 1935 ; Salo Flohr en 1932 et 1937 (exhibition).
De 1921 à 1935, Euwe fut sans interruption champion d'échecs des Pays-Bas, et remporta ce titre douze fois dans toute sa carrière, et travailla beaucoup dans son pays au service du jeu d'échecs.
Il remporta plusieurs tournois internationaux : En 1928, à La Haye, il gagna le championnat du monde amateur disputé en marge des jeux olympiques d'été de 1928. Il remporta trois fois le tournoi d'échecs international d'Hastings. Il gagna en 1923-1924, puis en 1930-1931 (devant Capablanca) et en 1934-1935 (ex æquo avec Flohr et Thomas). En 1934-1935, il devançait Capablanca, Botvinnik et Lilienthal.
Euwe termina également deuxième des tournois de Berne 1932 et Zurich 1934, ex æquo avec Flohr et n'étant devancé que par le champion du monde Alekhine. Ces résultats firent de Max Euwe le challenger naturel d'Alexandre Alekhine pour le championnat du monde d'échecs.
Champion du monde (1935-1937) thumb|left|Euwe et Flohr analysent une partie du match Alekhine—Euwe de 1935. thumb|Alekhine (à gauche) et Euwe (au centre) en 1937
En 1935, Euwe disputa enfin le championnat du monde contre le tenant du titre, Alexandre Alekhine. Après sept parties, Alekhine menait 4 victoires à une et deux parties nulles. Euwe n'égalisa le score que brièvement lors de la treizième partie (6,5 à 6,5) et définitivement lors de la (10,5 à 10,5). Il ne prit l'avantage que lors de la (13 à 12). Après quatre-vingts jours et trente parties, il fut déclaré vainqueur le 1935, sur le score de 15,5 à 14,5 (+9 -8 =13). La partie la plus célèbre de cette rencontre est la , connue sous le nom de Perle de Zandvoort qui lui donna une avance décisive de deux points (14 à 12).
Le titre mondial d'Euwe suscita un grand enthousiasme pour les échecs aux Pays-Bas, où beaucoup de clubs furent fondés en 1935.
Euwe perdit son titre en 1937 dans le match revanche contre Alekhine (9,5 à 15,5). Certains spécialistes, après analyse des parties, sont arrivés à la conclusion paradoxale qu'en 1935, il était en fait moins fort qu'Alekhine, et jouait mieux en 1937, mais d'autres analystes comme les anciens champions du monde Vasily Smyslov, Anatoli Karpov ou Garry Kasparov divergent sur ce pointRemembering Max Euwe, Part 1, Gennadi Sosonko sur chesscafe en 2001. C'est la méforme d'Alekhine, alimentée entre autres par une consommation excessive d'alcool, qui lui aurait valu la défaite des mains d'Euwe en 1935. Succès et revers après 1937 thumb|Max Euwe en 1945.
En 1938, Euwe fut du très fort tournoi AVRO remporté par Reuben Fine et Paul Keres devant Mikhaïl Botvinnik.
Après 1937, il continue à disputer de nombreux matchs : en 1939-1940, il perdit un match organisé aux Pays-Bas contre Keres (+5 –6 =3). Il battit Bogoljubov 6,5 à 3,5 en 1941 ; fit match nul (5 à 5) avec Vasja Pirc en 1949 et battit Bobby Fischer en 1957 (match exhibition remporté 1,5 à 0,5).
Après la guerre, Euwe remporta quatre tournois en 1946 (Londres, Leyde, Maastricht et Zaandam), et fut deuxième du très fort tournoi de Groningue en 1946 remporté par Mikhaïl Botvinnik. Il remporta quatre fois le tournoi des hauts-fourneaux de Beverwijk : en 1940, 1942, 1952 et 1958 (ex æquo avec Johannes Donner).
Euwe participa encore au championnat du monde d'échecs 1948 (dernier avec 4 points sur 20) mais il fut absent du tournoi des candidats de 1950 car il ne put se libérer de ses charges d'enseignement. Au Tournoi des candidats de Zurich 1953, il ne termina que et avant-dernier mais remporta plusieurs parties remarquables.
Professeur de faculté (1964) Max Euwe ne négligeait pas sa condition physique et était boxeur amateur. Après 1950, il s'est consacré davantage aux mathématiques et à l'informatique qui était en train de naître. En 1964, il devint professeur de faculté extraordinaire en méthodologie du traitement automatique d'informations à l'Institut supérieur néerlandais d'Économie à Rotterdam et professeur à l'Institut supérieur catholique à Tilbourg. Président de la Fédération internationale des échecs (1970-1978) thumb|Euwe, sa femme et Anatoli Karpov en 1976. vignette|gauche|Max Euwe en 1973.
Max Euwe fut président de la FIDE de 1970 jusqu'en 1978 et joua un rôle important lors de la réalisation du match Boris Spassky-Bobby Fischer pour le titre de champion du monde en 1972 à Reykjavik ainsi que les négociations avec Bobby Fischer pour le championnat du monde 1975.
Euwe mourut en 1981 à l'âge de 80 ans à Amsterdam.
Hommages posthumes thumb|Statue de Max Euwe à Amsterdam. Le prix Euwe a été créé en l'honneur de Max Euwe. Il est décerné tous les cinq ans à un joueur d'échecs méritant. De 1987 à 1996, était organisé un tournoi de grands maîtres à la mémoire de Euwe, le mémorial Max Euwe.
En 2001 a paru un bloc de deux timbres à son effigie. En dehors des Pays-Bas, on a édité aussi des timbres à son effigie en Mongolie et en Yougoslavie.
En 1982, à Amsterdam, a été créé le Centre Max Euwe qui comprend une bibliothèque spécialisée, un musée et des salles de conférences Le site du Centre Max Euwe. À Amsterdam, il a également donné son nom à la place Max Euwe où, le 2004, sa statue a été dévoilée, œuvre de l'artiste José Fijnaut, et due à l'initiative de l'association des entrepreneurs de la place Max Euwe. Publications Auteur de livres sur les échecs thumb|Max Euwe en 1975.
En tant que joueur d'échecs, Max Euwe était connu pour sa maîtrise des ouvertures. Les classifications des débuts « jeux ouverts », « jeux semi-ouverts », « jeux fermés », « jeux semi-fermés » lui sont dues, selon Frits van SetersLes échecs, édition Marabout, 2002. .
Euwe a écrit de nombreux ouvrages sur les échecs, parmi lesquels une série sur les ouverturesTheorie der schaakopeningen, une série intitulée Leçons pratiques d'échecs et le livre Jugement et plan. Ces livres ont été abondamment traduits. Celui qui semble le plus populaire est peut-être Oom Jan leert zijn neefje schaken (« Oncle Jan apprend à son neveu à jouer aux échecs ») : pour beaucoup de Néerlandais, il a été le premier ouvrage d'initiation à ce jeu.
Livres de Euwe traduits en français 1952 : Jugement et plan (Oordeel en plan) Position et combinaison 1962-1965 (avec Walter Meiden) : Maître contre amateur (Meester tegen amateur, 1963) L'Amateur devient maître Handboek voor de gevorderde schaker, 1956 (éditions précédentes : De beginselen van alle schaakspel, 1939 et De fundamenten van het schaakspel, 1931) en français : L'Indispensable aux échecs, 1986 Strategie en taktiek in het schaakspel, 1935 traduction en français : Stratégie et tactique aux échecs, édition BOD, collection Histoire du jeu d'échecs, 2020, . anthologie de parties commentées par Max Euwe, choisies par Alexander Münninghoff<ref > Max Euwe, The Biography, New in Chess, The Netherlands, 2001.</ref> : Ma carrière échiquéenne en 52 parties mémorables, édition BOD, collection Histoire du jeu d'échecs, 2024. .
Archives des échecs (Losbladige Schaakberichten)
La revue Losbladige Schaakberichten (Archives des échecs) est une encyclopédie de la théorie et de la pratique des échecs publiée initialement deux fois par mois à partir de 1949. Elle comprenait seize pages par numéro et était éditée par Max Euwe. Une traduction en anglais Chess Archives parut à partir de 1952Edward Brace, An illustrated dictionnary of chess, Hamlyn, 1977, p. 62.. La revue a été rééditée en 2012 : Chess Archives, Ishi Press, 2012
Encyclopédie des ouvertures d'échecs (Theorie der schaakopeningen) Theorie der schaakopeningen, 12 volumes : No. 1: Damegambiet I: Orthodox Damegambiet en wat daarmee samenhangt (et ce qui est lié à ça) No. 2: Damegambiet II: Cambridge-Springs, Manhattan, Tarrasch No. 3: Damegambiet III: Slavisch, Aangenomen, Onregelmatig Het Damepionnenspel No. 4: Indisch I: Nimzo-Indisch, G.B. van Goor Zonen's Uitgeversmaatschappij N.V., 's-Gravenhage, Batavia 1938 No. 5: Indisch II: Konings-Indisch, Oud-Indisch, Dame-Indisch No. 6: Diverse antwoorden op d4 (Diverses réponses à d4): Budapester, Blumenfeld, Benoni, Hollandsch et alii (et autres) No. 7: Réti complex: Engelsch, Réti-systeem, Birdopening en Diversen (et divers) No. 8: Half-open spelen I: Fransch, Caro Kann No. 9: Half-open spelen II: Siciliaansch, Aljechin, Scandinavisch, Nimzowitsch, Joegoslavisch No. 10: Open spelen I: Spaansch, drie- en vierpaardenspel No. 11: Open spelen II: Tweepaardenspel in de nahand (variantes en découlant), Italiaansch, Schotsch, Russisch et alii No. 12: Open spelen III: Koningsgambiet, Weens, Middengambiet et alii Theorie der Schacheröffnungen, , 12 volumes, 1503 pages, 1286 diagrammes.
Recueils de parties et livres de tournois avec Alexandre Alekhine : Aljechin-Euwe 1935. De Strijd om het Wereldkampioneschap Schaken, Gespeeld in Nederland in 1935 Alexandre Alekhine, avec des annotations de Max Euwe : World Chess Championship 1937 From My Games, 1920 - 1937, Harcourt, 1939
Analysen van A.V.R.O.'s wereldschaaktoernooi, édité pa AVRO, Amsterdam 1938. (Heruitgave 1979, ) avec Hans Kmoch : Groningen 1946: Het Staunton Wereldschaak Tournooi, 1947