vignette|Veillée inclusive œcuménique au temple protestant de l'Oratoire du Louvre avant la marche des fiertés LGBT de Paris. Le regard des religions sur lhomosexualité varie en fonction de la dénomination religieuse et des époques. Historiquement, plusieurs religions portent un regard négatif sur l'homosexualité, voire la "condamnent". Il y a donc une tendance à l'homophobie venant des religions monothéistes que sont le christianisme, l'islam et le judaïsme. Les personnes homosexuelles ont subi et subissent encore des discriminations voire des persécutions de la part d'autorités religieuses ou sous des motifs religieux.
Toutefois, les droits LGBT sont soutenus par des groupes religieux inclusifs, dont des confessions chrétiennes progressistes, des Églises inclusives et des organisations juives progressistes. Cette reconnaissance se manifeste principalement par un soutien aux droits LGBTQ, à l’ordination de ministres LGBTQ et au mariage entre personnes de même sexe. Ces groupes sont issus de l'ensemble des confessions religieuses et on les trouve au niveau des églises et des synagogues.
Religions abrahamiques L'homosexualité dans le judaïsme
Histoire et interprétation biblique thumb|150px|Le roi David embrassant Jonathan (enluminure médiévale)Dans le judaïsme, les peuples ayant précédé Israël semblent avoir pratiqué la prostitution féminine et masculine rituelle au service de Baal ou Ba'al (hébreu : בָּעַל, Báʿal, qui signifie diable ou mari) et d'Astarté ou Ashtarot (עשתרת) en hébreu, et la Bible condamne les pratiques idolâtresJuges, 2, 11-13.. Babylone est qualifiée de "prostituée". Sous le règne de Roboam, fils de Salomon, les textes rapportent que la prostitution masculine était officielle dans le paysPatrick Banon, Tabous et interdits, Acte Sud.. La condamnation de ces pratiques idolâtres intègre celle de l'homosexualité. Elle apparaît dans le Lévitique et ne semble concerner que les relations entre hommesLévitique, 20, 13 (traduction L. Segond) : "Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable.
Deux passages dans la Torah semblent les condamner :
Dans le Lévitique : la relation sexuelle entre hommes est présentée comme une « abomination » ("To'évah" en hébreu).
1. : Lévitique 18:22
L'interprétation du rabbin Gabriel Farhi énonce qu'il ne s'agirait pas ici d'une condamnation de pratiques sexuelles entre deux hommes au sens strict mais que la condamnation porte sur le "comme", autrement dit un homme qui a des relations sexuelles avec un homme devrait faire autrement qu'avec une femmehttp://www.akadem.org/sommaire/themes/liturgie/3/1/module_1794.php Conférence Akadem de Gabriel Farhi. Cette interprétation ne condamnerait dès lors que le rapport sexuel anal (autorisé avec une femme). La sodomie pose en effet la question du consentement du partenaire passif (l'interdit condamnerait dans ce verset le viol homosexuel pratiqué par les Cananéens). La sodomie d'un homme consisterait alors à féminiser le partenaire passif en l'assimilant à une femme, d'où son interdiction.
2. : Lévitique 20:13. Notons que la peine de mort n'est pas appliquée car depuis la chute du Temple, un sanhédrin ne peut se constituer pour la prononcer.
Si ces deux passages interdisent des pratiques, les sentiments et le désir homosexuels ne sont pas condamnés.
Traditionnellement les deux versets ont été interprétés comme une prohibition totale des pratiques homosexuelles mais des interprétations modernes remarquent qu'ils se trouvent à la fin d'une série des lois que interdissent l'inceste homme/femme, ils pourraient donc s'interpréter comme une interdiction à l'inceste homme/homme. Aucune mention n'est faite aux femmes.
Selon John Boswell, l'hostilité et les préjugés du judaïsme face aux pratiques liées à l'homosexualité pourraient s'expliquer par leur lien avec des rituels liés au paganisme et la prostitution sacréeJohn Boswell, Christianisme, tolérance sociale et homosexualité, Gallimard, 1985, page 140. Alain Daniélou nous indique que les anciens Hébreux ont connu la prostitution sacrée masculine et féminineAlain Daniélou, Shiva et Dionysos, éditions Arthème Fayard, Paris, 1979, 1991, 1 Rois 14, 22-24 : Juda fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur (...). Comme ceux-ci, ils bâtirent à leur usage des hauts lieux, des stèles et des poteaux sacrés sur toutes les collines élevées et sous tout arbre verdoyant ; il y eut même des prostitués sacrés (héb. גַם־קָדֵשׁ, transcrit gam qâdesh; gr. σύνδεσμος, transcrit sundesmos; lat. effeminati) dans le pays, ils agirent selon toutes les abominations des nations que le Seigneur avait dépossédées devant les fils d'Israël.. thumb|La destruction de Sodome, Johann Georg Trautmann Le récit de Sodome et Gomorrhe quant à lui est évoqué dans les récits de la Genèse. Au verset 19:5 de la Genèse, les habitants de Sodome veulent "connaître" (= "iada'" en hébreu, qui signifie avoir des relations sexuelles) les compagnons de Loth qui leur proposent en échange ses filles. Le verset énonce: "Ils appelèrent Loth et lui dirent : où sont les hommes qui sont venus chez toi cette nuit ? Amène-les-nous pour que nous les connaissions" (Genèse 19:5). À la suite de ce verset, les mots latin sodomia et français sodomie et leurs dérivés, tel sodomite ont été appliqués très improprement à l'homosexualité (pas seulement masculine), le terme ancien de gomorrhéenne ayant été utilisé abusivement pour désigner spécialement les lesbiennes.
Néanmoins les textes bibliques évoquent aussi la tendre amitié qui unit le deuxième roi d'Israël David à Jonathan (en hébreu: יְהוֹנָתָן / יוֹנָתָן "celui que Dieu a donné") fils de Saul : « Or il advint que l'âme de Jonathan se lia à l'âme de David et que Jonathan l'aima comme lui-même »Samuel I, 18, 1. Après la mort de ce dernier au combat, David se plaint : « Je suis en détresse à cause de toi, mon frère Jonathan, tu m'étais très cher, ton amour était pour moi plus merveilleux que l'amour des femmes »Samuel I, 1, 19-27. Les pratiques homosexuelles semblent bien avoir existé comme le rapporte l'historien Juif Flavius Josèphe en parlant des religieux Zélotes (en grec : ζηλωτής zelotes ; Qiniim en hébreu) révolutionnaires lors de la résistance désespérée de Jérusalem assiégée par les RomainsFlavius Josèphe, Guerre Juive, IV, IX, traduction Pierre Savinel, , Collection « Arguments » (1977), : « Parmi les Zélotes, le contingent des Galiléens se distinguait par son imagination dans le mal et son audace... Leur désir de pillage était insatiable et ils n'arrêtaient pas de perquisitionner dans les riches demeures ; l'assassinat des hommes et le viol des femmes était leur amusement ; ils dévoraient leurs dépouilles arrosées de sang et, ne sachant qu'inventer, prenaient sans vergogne les mœurs des femmes, arrangeaient leurs cheveux avec soin, portaient des vêtements féminins, s'inondaient de parfums et se faisaient les yeux pour rehausser leur beauté. Non contents d'imiter la coquetterie des femmes, ils prenaient leurs passions et ils imaginaient des amours contre nature. Ils se vautraient dans la ville comme dans un bordel et souillaient la cité tout entière de leurs actions impures. Mais, avec une apparence de femme, ils avaient un bras d'assassin et, s'approchant avec une démarche lascive, ils se transformaient brusquement en guerriers, tiraient leur glaive de dessous leur robe fine et colorée, et transperçaient qui ils rencontraient. ».
Interprétation progressiste
Les 3 principales organisations juives progressistes internationales ont adopté des résolutions soutenant le mariage entre personnes de même sexe; le judaïsme reconstructionniste en 2004, le Conseil mondial des synagogues (judaïsme Massorti) en 2012 et l’Union mondiale pour un judaïsme progressiste (judaïsme réformé) en 2013 Emily McAvan, The Jewish case for marriage equality in Australia, sbs.com.au, 23 janvier 2017.
L'homosexualité dans le christianisme
Traditionnellement, les différentes Églises chrétiennes ont considéré les actes homosexuels comme des pratiques contre nature, des péchés gravement contraires à la chasteté, à l'instar de la masturbation, de la fornication et de la pornographie John C. Dwyer, Human Sexuality: A Christian View, Rowman & Littlefield, USA, 1987, p. 62 David Jeffers, Understanding Evangelicals, Xulon Press, USA, 2006, p. 54 . Le sujet de l'homosexualité est souvent débattu dans les églises chrétiennes Erwin Fahlbusch, Geoffrey William Bromiley, The Encyclopedia of Christianity, Volume 4, Wm. B. Eerdmans Publishing, USA, 2005, p. 937. Ainsi, les positions des Églises chrétiennes sont conservatrice fondamentaliste ou modérée, libérale et progressiste Jeffrey S. Siker, Homosexuality and Religion: An Encyclopedia, Greenwood Publishing Group, USA, 2007, p. 11-12.
L'Église catholique, les Églises orthodoxes, certaines confessions protestantes et la plupart des confessions chrétiennes évangéliques voient les relations homosexuelles comme contraires à la volonté de Dieu. Cependant, même dans ce cas, l'une des règles fondamentales du christianisme est de faire la différence entre l'acte lui-même et celui qui en est l'auteur, autrement dit, selon la terminologie chrétienne, entre le « péché » et le « pécheur » : si le premier est interdit, le second doit être respecté.
Parallèlement, un nombre significatif d'Églises protestantes, de confessions chrétiennes évangéliques et de confessions de l’Union d'Utrecht, ont une position inclusive envers l'homosexualité, qu'elles ne considèrent pas comme un péché ; les bénédictions de mariage entre personnes de même sexe y sont célébrées.
Histoire et interprétation biblique Après dix siècles de liberté sexuelle au sein de la Rome antique, l'un des premiers empereurs romains chrétiens, saint Théodose proclame le un édit condamnant à mort par l'épée les passifs (un « homme s'accouplant comme une femme » selon le Code de ThéodoseCodex Theodosianus 9.7.3 (4 décembre 342), introduit par les fils de Constantin en 342.). Ce passage vers une répression directe de certains rapports sexuels doit être replacé dans le contexte de l'apparition et de l'affirmation du christianisme à la fin de l'Empire romain : émerge une attitude sociale, la morale chrétienne, opposée à celle de la décadence impériale.
D'après l'historien John Boswell, le christianisme aurait pratiqué des unions de même sexe jusqu'au côté latin et plus tard encore (au moins jusqu'au ) côté oriental. Il aurait cité un cas romain remontant à un siècle et demiJohn Boswell, Les Unions du même sexe dans l'Europe antique et médiévale, Fayard, 1996.. Cependant ses interprétations sont très critiquées par d'autres historiens qui l'accusent de confondre systématiquement liens spirituels et charnels A Groom of One's Own?, article paru dans The New Republic.
Position actuelle de l'Église catholique thumb|Le pape Benoît XVI en 2008. Dans les années 2000-2010, excepté dans les formes religieuses à tendance intégriste catholique, orthodoxe, évangélique ou autres, on ne réclame pas des homosexuels l'abstinence mais plutôt de la retenue et de la discrétionArlene Swidler (dir.), Homosexuality and World Religions, Trinity Press, 1993.. En , le pape François expose : . Il rappelle que ..