Charles Baudelaire, né le à Paris et mort dans la même ville le , est un poète français.

. Les Œuvres et les hommes ( série) – III. Les Poètes, Paris, Amyot, 1862, . selon les mots de Barbey d'Aurevilly, Michel Décaudin, « Notices », Anthologie de la poésie française du - De Baudelaire à Saint-Pol-Roux, Paris, Gallimard, 1992, coll. « Poésie », ., à la croisée entre le Parnasse et le symbolisme, chantre de la « modernité », il occupe une place considérable parmi les poètes français pour un recueil qu'il aura façonné sa vie durant : Les Fleurs du mal, mais aussi pour sa poésie en prose, réunie dans Le Spleen de Paris.

Au cœur des débats sur la fonction de la littérature de son époque, Baudelaire détache la poésie de la morale, la proclame tout entière destinée au Beau et non à la Vérité. - C. Baudelaire, Notice sur Edgar Poe., et laisse le souvenir d'un poète déchiré entre le Ciel et la Terre, entre l'Idéal et la fange, cherchant à faire du Mal un objet de contemplation esthétique (« Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or »). Comme le suggère le titre de son recueil, il a tenté de tisser des liens entre le mal et la beauté, le bonheur fugitif et l'idéal inaccessible (À une Passante), la violence et la volupté (Une martyre), mais aussi entre le poète et son lecteur () et même entre les artistes à travers les âges (Les Phares).. Outre des poèmes graves (Semper Eadem) ou scandaleux (Delphine et Hippolyte), il a exprimé la mélancolie (Mœsta et errabunda), l'horreur (Une charogne) et l'envie d'ailleurs (L'Invitation au voyage) à travers l'exotisme.

Il est aussi un important critique d'art, notamment à travers la rédaction des Salons, où il prend la défense d'Eugène Delacroix. Il contribue par ailleurs à théoriser le dandysme et défend la musique de Richard Wagner. Peu reconnu de son vivant et condamné avec son éditeur pour outrage à la morale publique suite à la publication des Fleurs du mal, il est en revanche lu et admiré par des générations de poètes après sa mort, et exerce par conséquent une influence considérable sur la poésie française à partir de la fin du .

Biographie Jeunesse vignette|gauche|redresse|Le général Aupick (1789-1857), beau-père de Charles Baudelaire.|alt=petite gravure d'un officier à épaulettes et décoration vignette|gauche|alt=petite plaque de marbre fxée sur un mur en méméire de Baudelaire|Plaque au 17 de la rue Hautefeuille (Paris), où il est né.

Charles Pierre Baudelaire naît le . au 13 rue Hautefeuille ancien - actuel. – Baudelaire, Bibliothèque de la Pléiade, 1975, « Chronologie », . dans l'ancien 11e arrondissement de Paris : ses parrain et marraine sont les parents « adoptifs » de sa mère, Pierre Perignon et Louise CoudougnanEugène Crépet, Charles Baudelaire, Étude biographique d'Eugène Crépet, revue et mise à jour par Jacques Crépet, suivie des Baudelairiana d'Asselineau, Paris, Librairie Léon Vanier, 1906, . Ouvrage numérisé.. Celle-ci, Caroline Dufaÿs, a vingt-sept ans. Son père, Joseph-François Baudelaire, né en 1759 à La Neuville-au-PontBaudelaire, Correspondance, La Pléiade Gallimard., en Champagne, est alors sexagénaire. Quand il meurt en 1827, Charles n'a que cinq ans. Cet homme lettré, épris des idéaux des Lumières et amateur de peinture, peintre lui-même, laisse à Charles un héritage dont il n'aura jamais le total usufruit. Il avait épousé en premières noces, le , Jeanne Justine Rosalie Janin, avec laquelle il avait eu un fils, Claude Alphonse BaudelaireNé à Paris ( ancien - actuel) le (). Marié à Paris le avec Anne Félicité Ducessois. Décédé à Fontainebleau (Seine-et-Marne) le . Bourgeois respectable de par sa profession de juge, Claude Alphonse Baudelaire et son frère Charles, psychologiquement dissemblables, n'auront aucune proximité affective et n'entretiendront même aucune relation. Comme Charles, Claude Alphonse mourra paralysé., demi-frère de Charles.

Un an après la mort de son père, sa mère se remarie avec le chef de bataillon Jacques Aupick. C'est à l'adolescence que le futur poète s'opposera à ce beau-père interposé entre sa mère et lui. .

Peu fait pour comprendre la vive sensibilité de l'enfant, l'officier Aupick incarne à ses yeux les entraves à tout ce qu'il aime : sa mère, la poésie, le rêve et, plus généralement, la vie sans contingences.

Claude Pichois et Jean Ziegler, Baudelaire : biographie, éditions Julliard, Paris, 1987, ..

En 1831, le lieutenant-colonel Aupick ayant reçu une affectation à Lyon, le jeune Baudelaire est inscrit à la pension Delorme et suit les cours de sixième au collège royal de Lyon. En cinquième, il devient interne. En , la famille revient à Paris, où Aupick sera promu colonel en avril. Alors âgé de quatorze ans, Charles est inscrit comme pensionnaire au collège Louis-le-Grand, mais il doit redoubler sa troisième.

En 1836, alors qu'il est en troisième à Louis-le-Grand, il reçoit le premier accessit de vers latins au concours général puis, l'année suivante, le deuxième prix, encore une fois en vers latins, et le huitième accessit de version latine..

Renvoyé du lycée Louis-le-Grand en pour ce qui a passé pour une vétille Proviseur J. Pierot. Cité sur le site ladissertation.com., mais que son condisciple au lycée Charles Cousin a expliqué comme un épisode d'amitié particulière., Baudelaire mène une vie en opposition aux valeurs bourgeoises incarnées par sa famille. Il passe son baccalauréat au lycée Saint-Louis en fin d'année et est reçu in extremis.

Séjour aux Mascareignes Jugeant la vie de l'adolescent « scandaleuse » et désirant l'assagir, son beau-père le fait embarquer pour Calcutta. Le Paquebot des Mers du Sud quitte Bordeaux le 9 ou . À bord, l’isolement du poète se fait presque complet. Les poèmes La Musique ou L’Albatros permettent, parmi de très nombreux poèmes consacrés à la mer, de se représenter la longue traversée maritime..

Mais en septembre, une violente tempête oblige le capitaine à faire escale à Port-Louis, dans l'île Maurice, alors colonie britannique. Baudelaire est reçu chez les Autard de Bragard, colons planteurs d'origine française.

Arrivé ensuite le à Saint-Denis sur l'île Bourbon (aujourd'hui La Réunion), il adresse une lettre à de Bragard à laquelle il joint le poème À une dame créole, en l'honneur de sa femme, Emmeline de Carcénac.. Cette dernière a une jeune servante « malabaraise », fille d’une indienne de Bénarès, nommée Dorothée. Selon Solange Rosenmark, petite nièce de Madame Autard de Bragard, il s'agirait de celle qui inspira À une Malabaraise.

Selon l'universitaire Alexander Ockenden, Baudelaire aurait fréquenté sur place une ancienne esclave affranchie, Dorothée Dormeuil, ancêtre d'Arnaud Dormeuil, qui lui aurait inspiré son poème La Belle Dorothée. Il aurait aussi peut-être participé financièrement à l'affranchissement de sa petite sœur Marie, âgée de 10 ans, par son maître Édouard Lacaussade..

Refusant de poursuivre le voyage jusqu'à Calcutta, Baudelaire repart sur un autre bateau, l'Alcide le et arrive en métropole le .

thumb|upright=0.8|alt=photo d'une façade avec porte d'entrée numérotée 6 et fenêtre aux volets fermés| de la rue Le Regrattier : maison où Baudelaire logea sa maîtresse Jeanne Duval, dite la Vénus noireJacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, 2, 1997, ..De retour à Paris, Charles s'éprend de Jeanne Duval, une jeune mulâtresse haïtienne, qui avait joué deux ou trois fois au Théâtre du Panthéon et avec laquelle il connaît les charmes et les amertumes de la passion. Cette liaison va durer près de vingt ans, qui pour ne fut jamais attachée au poète que par intérêt et que Baudelaire devait aimer jusqu'à sa fin misérable au dépôt de mendicité de Saint-Denis. Elle représente pour lui tout le côté satanique de l'amour.. Une idylle au sujet de laquelle certains de ses contemporains, comme Nadar, se sont interrogés en s'appuyant sur les déclarations d'un amant de Jeanne Duval (en fait, Nadar lui-même) et de prostituées connues, qui témoignent au contraire de la chasteté surprenante de Baudelaire..

Il mène dès 1842 une . Il commence alors à composer plusieurs poèmes des Fleurs du mal. Critique d'art et journaliste, il défend Delacroix comme représentant du romantisme en peinture, mais aussi Balzac lorsque l'auteur de La Comédie humaine est attaqué et caricaturé pour sa passion des chiffresVoir l'article : « Comment on paie ses dettes quand on a du génie » paru dans le Corsaire Satan du . ou sa perversité présumée« Les Drames et les romans honnêtes », La Semaine théâtrale, .. En 1843, il découvre les dans le grenier de l'appartement familial de son ami Louis Ménard, où il goûte à la confiture verte. Cette expérience le fascine mais engage chez lui une réflexion morale sur la création qui aboutit à une condamnation des drogues. "Or, je veux faire un livre non pas de pure physiologie, mais surtout de morale. Je veux prouver que les chercheurs de paradis font leur enfer, le préparent, le creusent avec un succès dont la prévision les épouvanterait peut-être."(Exorde et notes pour les conférences données à Bruxelles, en 1864. Œuvres complètes I, Pléiade ). Il renouvellera cette expérience occasionnellement sous contrôle médical, en participant aux réunions du « club des Haschischins ». En revanche, son usage de l'opium est plus long : il fait d'abord, dès 1847, un usage thérapeutique du laudanumIl l'appelle sa (« Chambre double » en 1861 tirée du Spleen de Paris)., prescrit pour combattre des maux de tête et des douleurs intestinales consécutives à une syphilis, probablement contractée vers 1840 durant sa relation avec la prostituée Sarah la Louchette. Comme De Quincey avant lui, l'accoutumance lui dicte d'augmenter progressivement les doses mais elles restent modérées. Croyant ainsi y trouver un adjuvant créatif, il en décrira les enchantements, les tortures . et la stérilité. ("l'intelligence, libre naguère, devient esclave" Œuvres complètes I, Pléiade .)

En dandy, Baudelaire a des goûts de luxe. Ayant hérité de son père à sa majorité, il dilapide la moitié de cet héritage en . Ses dépenses d'apparat sont jugées outrancières par ses proches, qui convoquent un conseil judiciaireSorte de curatelle à l'époque..

Le , maître Narcisse Ancelle, notaire de la famille, est officiellement désigné comme conseil judiciaire qui lui alloue une pension mensuelle de .. En outre, Baudelaire doit lui rendre compte de ses faits et gestes. Cette situation infantilisante inflige à Baudelaire une telle humiliation qu'il tente de se suicider d'un coup de couteau dans la poitrine le .. Outre sa réputation de débauché, Baudelaire passait pour homosexuel auprès de certains de ses amis : , écrit-il .

vignette|alt=dessin au crayon noir d'un homme debout sur une barricade avec un chapeau melon, un fusil à la main|Dessin de Courbet pour Le Salut public, 1848.

En 1848, il participe aux barricades. La révolution de février instituant la liberté de la presse, Baudelaire fonde l'éphémère gazette Le Salut public (d'obédience résolument républicaine), qui ne va pas au-delà du deuxième numéro.

Le paraît, dans La Liberté de penser, un texte d'Edgar Allan Poe traduit par Baudelaire : Révélation magnétique. À partir de cette période, Baudelaire ne cessera de proclamer son admiration pour l'écrivain américain, dont il deviendra le traducteur attitré. La connaissance des œuvres de Poe et de Joseph de Maistre atténue définitivement sa Robert Kopp, Baudelaire, le soleil noir de la modernité, Éd. Découvertes Gallimard, Collection Littératures, .. Plus tard, il partagera la haine de Gustave Flaubert et de Victor Hugo pour , mais sans s'engager outre mesure d'un point de vue littéraire (« L'Émeute, tempêtant vainement à ma vitre / Ne fera pas lever mon front de mon pupitre » — Paysage dans Tableaux parisiens du recueil Les Fleurs du mal)Paysage (Baudelaire)..