Jeanne d'Albret, née le au château de Saint-Germain-en-Laye, morte le à Paris, est reine de Navarre de 1555 à sa mort sous le nom de . Elle est la fille unique d', roi de Navarre, et de Marguerite de Valois-Angoulême.
Nièce du roi de France , elle est élevée sous son autorité à la cour de France. Elle épouse Antoine de Bourbon, duc de Vendôme et premier prince du sang, et elle est la mère du roi . Figure importante du protestantisme en France, elle s'illustre par sa rigueur morale et son intransigeance religieuse. Au début des guerres de religion, elle se sépare de son époux, qui a rejoint le camp catholique, et implante durablement le calvinisme en ses terres de Navarre, d'Albret et de Béarn, bastions de la foi protestante.
Biographie Jeunesse et premier mariage
vignette|droite|Jeanne d'Albret enfant, d'après un dessin de Jean ou François Clouet. Jeanne naît au château de Saint-Germain-en-Laye, le palais de la cour royale, le . à cinq heures de l'après-midi. Elle est la fille unique du roi de Navarre et de Marguerite d'Angoulême. Sa mère, fille de Louise de Savoie et de , comte d'Angoulême, est la sœur de et a déjà été mariée à . Elle est aussi une écrivaine d'un certain talent.
La naissance de Jeanne est officiellement annoncée le suivant lorsque le roi François donne son autorisation pour l'ajout d'un nouveau maître dans toutes les villes où il y a des guildes incorporées « en l'honneur de la naissance de Jeanne de Navarre, la nièce du roi ». En 1538, selon la volonté de son oncle le roi François qui reprend son éducation, Jeanne est élevée dans le château de Plessis-lèz-Tours dans le Val de Loire (Touraine), vivant ainsi séparée de ses parents. Le roi la soustrait à son père qui entend la marier au fils ou au neveu de Charles Quint, ce qui aurait fait passer à terme toutes les possessions de la famille d'Albret sous la coupe de l'Espagne., Charles Quint pensant ainsi régler le statut du royaume de Navarre. assigne ainsi la jeune fille dans cette résidence à quelques lieues du château de Blois, résidence favorite des rois de France à la Renaissance. Jeanne grandit alors à la cour de France et assiste aux principaux événements politiques de son temps. Elle reçoit une excellente éducation sous la tutelle de l'humaniste Nicolas Bourbon (1503-1550).
Décrite comme une « princesse frivole et pleine d'entrain », elle affiche également, dès son plus jeune âge, un caractère à la fois têtu et inflexible.
Le , alors que Jeanne a 12 ans, , pour des raisons politiques, la contraint à épouser Guillaume de Clèves, le frère d'Anne de Clèves, la quatrième épouse d' d'Angleterre. Bien qu'élevée dans l'obéissance et n'ayant que douze ans, elle proteste et tient tête au roi jusqu'au jour de la cérémonie. La noce a lieu le dans le Haut-Poitou, à Châtellerault.. Elle doit être littéralement portée à l'autel par le Connétable de France, Anne de Montmorency. Une description de l'apparence de Jeanne à son mariage révèle qu'elle est somptueusement vêtue, portant une couronne d'or, une jupe d'argent et d'or incrustée de pierres précieuses et un manteau de satin cramoisi richement garni d'hermine. Avant son mariage, Jeanne signe deux documents qu'elle fait signer aux officiers de sa maison, déclarant : « Moi, Jeanne de Navarre, persistant dans les protestations que j'ai déjà faites, j'affirme et proteste de nouveau par les présents, que le mariage que l'on veut contracter entre le duc de Clèves et moi est contre ma volonté, que je n'y ai jamais consenti et que je n'y consentirai pas. . . » Les fêtes qui se tiennent à cette occasion, en juin et , sont restées « légendaires »Chronique du roy , éd. par G. Guiffray, Paris, 1860, p. 364 et suivantes ; Histoire de Châtellerault, Alfred Hérault, A. Videau imp., 1927, .. Jeanne accumule les preuves que ce mariage lui a été imposé par la contrainte et repousse sans cesse sa consommation. Lorsque le duc de Clèves signe le traité de Venlo qui met fin à son alliance avec le roi , ce dernier laisse carte blanche à la jeune fille pour faire valoir ses arguments permettant d'obtenir l'annulation du mariage par un bref du pape Paul III le , .. Elle reste à la cour royale.
Second mariage, duchesse de Vendôme vignette|Portrait d'Antoine de Bourbon, duc de Vendôme peint par Corneille de Lyon en 1548, à l'occasion de leur mariage, palais royal de Varsovie. Après la mort de en 1547 et l'accession d' au trône de France, Jeanne épouse à Moulins (Allier), le ., Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, « premier prince du sang ». Le mariage a pour but de consolider les possessions territoriales dans le nord et le sud de la France.
En 1551, à la naissance d’Alexandre de Valois, futur , elle est choisie pour en être la marraine..
Antoine est un coureur de jupons notoire. En 1554, il a un fils illégitime, Charles, par Louise de La Béraudière du Rouhet, une beauté de cour connue comme « La belle Rouet ».
Le couple a cinq enfants, dont deux seulement, Henri, roi de France (1589 à 1610) et roi de Navarre (1572 à 1610), et Catherine de Bourbon (1559-1604), atteignent l'âge adulte.
Reine de Navarre vignette|gauche|Le royaume de Navarre de 1516 à 1556. Le , Jeanne succède à son père sur le trône de Navarre qu'elle gouverne conjointement avec son mari. Lors de l'accession au trône, elle hérite d'un conflit sur le royaume de Navarre et d'une emprise territoriale indépendante sur la Basse-Navarre, la Soule, et la principauté de Béarn, ainsi que d'autres dépendances sous la suzeraineté de la Couronne de France.
Jeanne et Antoine sont couronnés lors d'une cérémonie commune selon les rites de l'Église catholique romaine le à Pau. Le mois précédent, une pièce du couronnement commémorant le nouveau règne a été frappée. Elle est inscrite en latin avec les mots suivants : Antonius et Johanna Dei gratia reges Navarrae Domini Bearni (« Antoine et Jeanne, par la grâce de Dieu, monarques de Navarre et seigneurs de Béarn »). Les fréquentes absences d'Antoine laissent Jeanne en Béarn, régnant seule et en pleine charge d'une maison qu'elle dirige d'une main ferme et résolue.
Dans le domaine des affaires extérieures, elle cherche en vain à obtenir la restitution de la Haute-Navarre, que les Espagnols ont annexée en 1512, en envoyant son oncle Pierre d'Albret en ambassade auprès de la cour pontificale. Une alliance contre l'Espagne est même formalisée par la Navarre en 1559 avec le sultan du Maroc Abdallah el-Ghalib. vignette|Portrait de Jeanne d'Albret par un artiste de l'École de François Clouet, 2 quart du . Jeanne a été influencée par sa mère, décédée en 1549, qui avait des penchants pour la réforme, la pensée humaniste et la liberté individuelle, mais rechignait encore à l'idée de rompre avec l’Église catholique à laquelle elle restait attachée. Cet héritage a une influence sur sa décision de se convertir au calvinisme. Au cours de la première année de son règne, la reine convoque une conférence des ministres protestants huguenots assiégés. Elle se convertit probablement sous l'influence de Théodore de Bèze arrivé à sa cour, à Nérac, en .. Elle déclare ensuite le calvinisme religion officielle de son royaume après avoir publiquement adopté les enseignements de Jean Calvin le jour de Noël 1560. Cette conversion fait d'elle la protestante au rang le plus élevé de France. Elle est désignée comme ennemie de la Contre-Réforme montée par l'Église catholique. Par l’ordonnance du , elle autorise le calvinisme dans son royaume.
À la même époque, son époux Antoine, qui vit seul à la cour de France à Paris (le couple est séparé depuis que Jeanne a appris que son mari infidèle a eu un fils avec une autre femme.), affiche de plus en plus ses préférences pour le catholicismesous l'influence du roi, qui lui promet la lieutenance générale du royaume. En 1561, Catherine de Médicis, dans son rôle de régente de son fils , nomme Antoine lieutenant général de France. Jeanne et Catherine s'étaient rencontrées à la cour dans les dernières années du règne de et peu de temps après l'accession d' au trône de France, lorsque Catherine atteignit le rang de reine consort. L'historien Mark Strage a suggéré que Jeanne est l'un des principaux détracteurs de Catherine, la qualifiant avec mépris de « fille de l'épicier florentin ».
Elle s'oppose fortement à Pierre d'Albret, devenu évêque de Comminges, qui garde l'appui du pape et de qui souhaitent garder la Navarre catholique. Elle entame après la mort d'Antoine, en 1562, une série de mesures visant à implanter la Réforme en Béarn. Parmi elles, on compte la publication du catéchisme de Calvin en béarnais (1563), la fondation d'une académie protestante à Orthez (1566), la rédaction de nouvelles Ordonnances ecclésiastiques (1566, 1571), la traduction en basque du Nouveau Testament par Jean de Liçarrague (1571), la traduction en béarnais du Psautier de Clément Marot par Arnaud de Salette (1568) et la fondation de l'Académie de La Rochelle à la tête de laquelle elle nomme le Navarrais Pierre de Morentin (1571). En 1567, Jean de Lacvivier devient un de ses plus proches conseillers. À la suite de l'imposition du calvinisme dans son royaume, une farouche opposition catholique se manifeste qui aboutit à ce que les prêtres et les religieuses soient bannis, les églises catholiques détruites et le rituel catholique interdit (1570).
En plus de ses réformes religieuses, Jeanne travaille à la réorganisation de son royaume, réformant durablement les systèmes économiques et judiciaires de ses domaines.
Elle est décrite comme « de petite taille, frêle mais droite », son visage est étroit, ses yeux clairs, froids et immobiles, et ses lèvres fines. Elle est très intelligente, mais austère et pharisaïque (de piété ostentatoire). Son discours est fortement sarcastique et véhément. Théodore Agrippa d'Aubigné, le chroniqueur huguenot, décrit Jeanne comme ayant « un esprit assez puissant pour diriger les plus hautes affaires ».
Premières guerres de religion (1562-1565) La lutte de pouvoir entre catholiques et huguenots pour le contrôle de la cour de France et de la France dans son ensemble conduit au déclenchement des guerres de religion en 1562. Jeanne et Antoine sont à la cour, lorsque ce dernier prend la décision de soutenir la faction catholique, dirigée par la maison de Guise. En conséquence, il menace de répudier Jeanne lorsqu'elle refuse d'assister à la messe. Catherine de Médicis, dans une tentative d'orienter une voie médiane entre les deux factions belligérantes, supplie également Jeanne d'obéir à son mari pour le bien de la paix, mais en vain. Jeanne tient bon, refuse fermement d'abandonner la religion calviniste et continue à faire célébrer des offices protestants dans ses appartements.
Lorsque de nombreux autres nobles rejoignent également le camp catholique, Jeanne n'a d'autre choix que de soutenir la faction catholique. Craignant la colère de son mari et de Catherine, elle quitte Paris en et se dirige vers le sud pour se réfugier dans le Béarn.
Lorsqu'elle s'arrête pour un bref séjour au château ancestral de son mari à Vendôme le pour interrompre son long voyage de retour, elle ne réussit pas à empêcher une force huguenote de 400 hommes d'envahir la ville. La troupe maraude dans les rues de Vendôme, pille et saccage toutes les églises, maltraite les habitants, pille la collégiale Saint-Georges du château ducal qui abrite les tombeaux des ancêtres d'Antoine. Son mari adopte une position belliqueuse à son égard. Il donne l'ordre à Blaise de Lasseran-Massencôme, seigneur de Montluc de la faire arrêter et de la ramener à Paris pour être ensuite envoyée dans un couvent catholique. Elle reprend son voyage après avoir quitté Vendôme et réussit à échapper à ses ravisseurs, passant en toute sécurité la frontière du Béarn avant de pouvoir être interceptée par le seigneur de Montluc et ses troupes.