Georges Braque, né le à Argenteuil (Seine-et-Oise, actuellement Val-d'Oise) et mort le à Paris, est un peintre, sculpteur et graveur français.
D'abord engagé dans le sillage des fauves, influencé par Henri Matisse, André Derain et Othon Friesz, il aboutit, à l'été 1907 aux paysages de l'Estaque avec des maisons en forme de cubes que Matisse qualifie de « cubistes », particulièrement typées dans le tableau Maisons à l'Estaque.
C'est en étudiant méthodiquement, dès 1906, les lignes de contour de Paul Cézanne, que Braque a abouti progressivement à des compositions qui utilisent de légères interruptions dans les lignes, comme dans Nature morte aux pichets. Puis avec une série de nus comme le Nu debout, et Le Grand Nu, il s'oriente, après 1908, vers une rupture avec la vision classique, l'éclatement des volumes, une période communément appelée cubiste, qui dure de 1911 jusqu'en 1914. Il utilise alors des formes géométriques principalement pour des natures mortes, introduit les lettres au pochoir dans ses tableaux, invente des papiers collés. En véritable « penseur » du cubisme, il élabore des lois de la perspective et de la couleur. Il invente aussi les sculptures en papier en 1912, toutes disparues, dont il ne subsiste qu'une photographie d'un contre-relief.
Mobilisé pour la Grande Guerre où il est grièvement blessé, le peintre abandonne les formes géométriques pour des natures mortes où les objets sont dans des plans recomposés. Pendant la période suivante qui va jusqu'aux années 1930, il produit des paysages, des figures humaines et, malgré la diversité des sujets, son œuvre est . Le Cahier de Georges Braque, 1917-1947, publié en 1948, résume sa position.
La Seconde Guerre mondiale lui a inspiré ses œuvres les plus graves : Le Chaudron et La Table de cuisine. La paix revenue et la fin de sa maladie lui ont inspiré les œuvres plus approfondies, tels les Ateliers, qu'il élabore souvent pendant plusieurs années, poursuivant six ébauches à la fois ainsi qu'en témoigne Jean Paulhan. Ses tableaux les plus connus sont aussi les plus poétiques : la série des Oiseaux, dont deux exemplaires ornent le plafond de la salle Henri-II du musée du Louvre, depuis 1953. Il a aussi créé des sculptures, des vitraux, des dessins de bijoux, mais à partir de 1959, atteint d'un cancer, il ralentit son rythme de travail. Son dernier grand tableau est La Sarcleuse.
Deux ans avant sa mort, en 1961, une rétrospective de ses œuvres intitulée L'Atelier de Braque a lieu au musée du Louvre, Braque devient ainsi le premier peintre à être exposé dans ce lieu de son vivant.
Homme discret, peu porté sur les relations publiques, Braque était un intellectuel féru de musique et de poésie, ami notamment d'Erik Satie, de René Char, d'Alberto Giacometti. Il s'est éteint le à Paris. Des obsèques nationales ont été organisées en son honneur, au cours desquelles André Malraux a prononcé un discours.
Biographie Premières années vignette|Entrée du port du Havre où le jeune Braque allait flâner. gauche|vignette|Honfleur où Braque passe ses vacances à partir de 1904. thumb|Façade avec sa porte Art nouveau de l'Immeuble Braque https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/IA00130392. situé 42 rue Champlain, construit pour Charles Braque par l'architecte William Cargill sur le front de mer au Havre (France) en 1904http://eli-paseosartnouveau.blogspot.fr/2012/07/porte-25-immeuble-braque-42-rue.html, consulté le 1 janvier 2021..
Georges Braque grandit au sein d’une famille d’artisans. Il est le fils d'Augustine Johannet (1859-1942) et de Charles Braque (1855-1911), peintre-décorateur et entrepreneur de peintures en bâtiment "Charles Braque et Cie"On lui doit entre autres la décoration de la Villa Maritime du Havre, que Armand Salacrou avait retrouvé. , également « peintre du dimanche » et ancien élève de Théodule Ribot. Il peint très souvent des paysages inspirés des impressionnistes et expose régulièrement au Havre, où en 1890, la famille s'est installée. Henriette (1878-1950) est la sœur ainée de Georges BraqueElle épouse Eugène Gosselin (1877-1929), un entrepreneur, dont le fils Jacques décédé en 1972 sans descendance.. En 1893, le garçon entre au lycée. Mais il n'a aucun goût pour l'étude, il est fasciné par la vie du port et dessine d'après Gil-Blas des caricatures de Steinlen et Toulouse-Lautrec. Il s'inscrit tout de même dans la classe de Courchet à l’École supérieure d'art du Havre, dirigée par un élève de Charles Lhuillier, Alphonse Lamottein cat A l'école de Charles Lhuillier (1824-1898), Musée d'Art Moderne André Malraux - Octopus, Le Havre, 2021 pp 31-36.. L'école municipale a comme but affiché de former des et qui sinon in cat A l'école de Charles Lhuillier (1824-1898), Musée d'Art Moderne André Malraux - Octopus, Le Havre, 2021 p.30.. Et il prend en même temps des leçons de flûte avec Gaston Dufy, le frère de Raoul Dufy. Il reçoit le second prix des élèves de seconde division de l'école d'art en .
Apprentissage En 1899, il quitte le lycée sans se présenter au baccalauréat et il entre comme apprenti chez son père, puis chez Roney, un de leurs amis qui est peintre-décorateur. L'année suivante, il vient à Paris, pour continuer son apprentissage chez un peintre-décorateur, Laberthe, ancien partenaire de son père, où il pratique le broyage de la couleur, les faux-bois et faux-marbre. En même temps, il suit le cours municipal des Batignolles dans la classe de Eugène Quignolot. Il habite Montmartre, rue des Trois-Frères. Il obtient son diplôme de peintre-décorateur. En 1901, il fait son service militaire au d'infanterie du Havre. À son retour, avec le consentement de ses parents, il décide de se consacrer entièrement à la peinture.
Entre Paris et le Havre Il revient à Paris en 1902, s'installe à Montmartre rue Lepic en octobre, et entre à l'Académie Humbert, boulevard de Rochechouart. C'est là qu'il rencontre Marie Laurencin et Francis Picabia. Marie devient sa confidente, son accompagnatrice à Montmartre, ils se dessinent mutuellement, sortent en ville, partagent leurs plaisanteries, leurs secrets et leurs « jours de flemme ». Le timide Braque n'a avec elle qu'une liaison chaste. Il faudra toute la technique amoureuse de Paulette PhilippePar ailleurs « courtisane » ou « femme galante », qui tient un petit salon d'opium, rue de Douai. pour dégourdir le grand timide autour duquel tournent pourtant un grand nombre de femmes. Henri-Pierre Roché les rencontre ensemble au Bal des Quat'z'Arts alors que Braque est déguisé en Romain. Cette vie de « luxe et de volupté » renforce le jeune homme dans sa décision de rompre les amarres. Il détruit toute sa production de l'été 1904 qu'il a passé à Honfleur, abandonne Humbert et prend contact avec Léon Bonnat en à l'École des Beaux-Arts de Paris où il rencontre Othon Friesz et Raoul Dufy.
Cette même année, il étudie les impressionnistes au musée du Luxembourg, dont la collection est essentiellement composée du legs de Gustave Caillebotte, il va aussi dans les galeries de Durand-Ruel et de Vollard. Il s'est installé dans un atelier qu'il loue rue d'Orsel, face au théâtre Montmartre, où il assiste aux nombreux mélodrames d'époque et il se rallie au fauvisme. Sa décision est sans doute due à son amitié pour Othon Friesz, havrais comme lui ; les deux jeunes artistes vont partir ensemble à Anvers en 1906 et l'année suivante dans le Midi de la France.
Par la suite, Georges Braque introduit Marie Laurencin au Bateau-Lavoir. et il l'encourage avec Matisse à poursuivre une carrière de peintre. Il croit en son talent.
Braque expose régulièrement au Havre, avec la Société des amis des Arts en 1902 et 1905, (avec son père), puis la même année, sa première exposition remarquée a lieu à la Galerie Beuzebosc. Il expose annuellement de 1906 à 1909 avec le Cercle de l'art moderne du Havre dont il est un des membres fondateurs et du Comité Peintures avec son père, Raoul Dufy et Othon Friesz, entre autresin cat art. Georges Braque, A l'école de Charles Lhuillier (1824-1898), Musée d'Art Moderne André Malraux - Octopus, Le Havre, 2021 pp 88-90.. Son père meurt en 1911, il est enterré au cimetière d'Argenteuil.
Du fauvisme au cubisme vignette|L'Estaque, vue des toits, au fond, le viaduc. vignette|Port de l'Estaque et viaduc. vignette|Le viaduc et la baie de l'Estaque. vignette|Le port et la baie de l'Estaque. À l'été 1905, de nouveau à Honfleur, puis au Havre en compagnie du sculpteur Manolo, du critique d'art Maurice Raynal, poussé par Raoul Dufy et Othon Friesz à utiliser des couleurs pures, Braque expose au Salon d'automne de 1905 aux côtés de Matisse, DerainLe tableau de Derain est Le Faubourg de Collioure, huile sur toile (), Derain sur le Centre Pompidou virtuel, improprement appelé Le Port de Collioure., et de ses amis havrais, qualifiés de fauves. Pendant près de deux ans, Braque s'engage dans le système fauve en fonction de sa propre lecture des œuvres de Cézanne. L'exemple le plus caractéristique du fauvisme de Braque se trouve dans Petite Baie de La Ciotat, 1907, huile sur toile (), Musée national d'art moderne, que le peintre juge suffisamment importante pour la racheter en 1959.
À partir de 1907, Georges Braque séjourne dans le Midi de la France en compagnie de Othon Friesz et, après avoir longuement médité sur l'usage de la ligne et des couleurs de Paul Cézanne, il produit un grand nombre de toiles relatives aux paysages de l'Estaque, presque toutes en plusieurs versions : Le Viaduc de l'Estaque (1907), Le Viaduc de l'Estaque (1908), Route de l'Estaque (1908), Terrasse à l'Estaque (1908), La Baie de l'Estaque (1908), Les Toits d'usine à l'Estaque (1908), Chemin à l'Estaque (1908), Paysage à l'Estaque (1908).
Maisons à l'Estaque a été reproduit dans 34 publications et présenté dans 22 expositions, de 1908 à 1981.
Le tableau ayant été refusé au Salon d'automne de 1908, le marchand d'art Daniel-Henry Kahnweiler, très choqué par cette réaction, propose à Georges Braque de lui ouvrir sa galerie pour présenter cette œuvre, ainsi que l'ensemble des œuvres récentes du peintre. Kahnweiler vient d'ouvrir une petite galerie au , rue Vignon à Paris et il confie la préface du catalogue à Guillaume Apollinaire qui se lance dans un dithyrambe :
Cette même année, Braque visite l'atelier de Pablo Picasso, il y découvre deux toiles : Les Demoiselles d'Avignon, ainsi que Trois femmes qui n'est pas encore achevé. Les rythmes constructifs de ces toiles sont repris de Cézanne, mais plus découpés et déformés. Ils provoquent d'abord l'étonnement de Braque qui a pourtant entamé la même démarche avec ses Nus. Mais ce ne sont pas de ces toiles qu'il va tirer son inspiration pour Le Grand Nu commencé en 1907 et achevé en 1908. L'audace de Picasso l'a tout de même étonné et, dans un premier temps, Braque se serait montré réticent, mais ici, le conditionnel s'impose.
Il existe au moins trois versions de la réaction de Braque rapportées soit par Kahnweiler, qui n'était pas là, soit par André Salmon, qui n'était pas là non plus, soit par Fernande Olivier, dont les déclarations sont sujettes à caution puisqu'elle a menacé Picasso de faire des révélations gênantes pour lui, dans ses Souvenirs intimes, sur cette période-là. Grâce à l'intercession de madame Braque et le versement par Picasso d'un million de francs, Fernande a renoncé à son chantage. En fait, Braque était déjà sur une autre voie, il avait commencé des variations sur les paysages de l'Estaque. Mais l'importance de ses œuvres mettra longtemps à se révéler : les plus importantes ont été gardées dans des collections privées pendant la plus grande partie du , .