alt=|vignette|Tour d'abandon. Mâcon (Saône-et-Loire). Un tour d'abandon ou tour d'exposition (appelé parfois « boîte à bébé » dans d'autres paysSite lavoixdunord.fr, article "Boîte à bébés : comment ça marche et pourquoi ça n’existe pas en France?".) est un dispositif permettant aux mères de déposer de manière anonyme leur bébé, généralement nouveau-né, pour qu'il soit trouvé et pris en charge. Ce genre de dispositif était courant en Europe dès le Moyen Âge et au cours des . Ils disparaissent vers la fin du mais réapparaissent sous une forme plus moderne depuis 1996, particulièrement en Allemagne, où l'on en compte environ 80.

Les tours d'abandon sont généralement situés dans des hôpitaux (hospicesDéfinition du mot hospice sur le Wiktionnaire en France jusqu'en 1940) ou dans des centres sociaux, et consistent en une boîte tournante dans le mur de l'hospice (d'où le nom de tour) dans laquelle la mère dépose le bébé ; elle fait tourner la boîte et sonne une cloche pour avertir le personnel de l'établissement.

Dans les pays anglophones, le tour d'abandon s'appelle (« guichet pour bébé », anciennement , soit « roue de l'enfant trouvé »), dans les pays germanophones (« guichet pour bébé ») ou (« fenêtre pour bébé »), en Italie (« berceau pour la vie », mais pour celle historique, on parle d'une ruota degli esposti, c'est-à-dire une « roue aux exposés »), au Japon (« berceau de la cigogne ») ou (« boîte à bébé »).

Histoire thumb|Culle per la vita, hôpital Santo Spirito, Rome. Les tours d'abandon ont existé sous une forme ou sous une autre depuis des siècles. Le système était assez courant au Moyen Âge en Europe. En Italie on trouve les premiers (« roues pour enfants trouvés ») en 1198 ; le pape Innocent III déclare qu'ils doivent être installés dans les orphelinats pour que les femmes puissent y laisser leurs enfants et non les tuer. L'infanticide était alors clairement pratiqué sur les rives du Tibre. Ces tours d'abandon consistaient en un cylindre ouvrant sur l'extérieur d'un bâtiment, comme un tambour de porte. Les mères mettaient l'enfant dans le cylindre et tournaient celui-ci pour que l'enfant accède à l'édifice (généralement une église), puis sonnaient une cloche pour que les personnes à l'intérieur en soient averties. Un exemple de tour d'abandon datant de cette époque peut encore se voir à l'hôpital Santo Spirito du Vatican ; il y fut installé au Moyen Âge et utilisé jusqu'au .

Le musée de l’Enfance de Fécamp, créé par le docteur Léon Dufour (1856-1928), fondateur de l’Œuvre de la Goutte de lait, conserve un authentique « tour » provenant d’un hôpital parisienRéférence : Marie-Hélène Desjardins, « Le Musée de L’Enfance » in Les Biberons du Docteur Dufour, Catalogue édition du musée de Fécamp, 1997..

À Hambourg, en Allemagne, un marchand néerlandais installe un tour d'abandon (qu'il appelle ), dans un orphelinat en 1709. Il est fermé cinq années plus tard, en 1714, parce que le nombre de bébés abandonnés est trop élevé pour les ressources financières de l'orphelinat. D'autres tours d'abandon sont installés à Cassel (Hesse) (1764) et à Mayence ((1811 à l'ancien couvent des pauvres des Clarisses).

thumb|left|Le tour d'abandon de l'hospice général de Rouen. En France, saint Vincent de Paul fait aménager le premier tour à Paris en 1638. La Révolution française autorise l'accouchement secret à l'hôpital par le décret du de la Convention nationale avec alors la possibilité pour la mère de ne pas mentionner son nom dans l'acte de naissance. Toutefois, on constate dans nombre d'actes d'état civil que la mère a pu laisser un message anonyme à la diligence de l'institution accueillante, précisant, par exemple, si l'enfant a été baptisé ou non, ou qu'elle souhaitait lui donner un prénom précis... et qu'il a été donné satisfaction à ce vœu (voir, par exemple, le Havre Ingouvile en 1826). Les tours sont légalisés par un décret impérial du , et à leur apogée ils sont au nombre de 251 dans toute la FranceSelon Anne Martin-Fugier, écrivaine.. On en trouve dans les hôpitaux, comme l'Hôpital des Enfants-Trouvés de Paris. Mais un mouvement favorable à leur suppression se développe dans les années 1830Annick Tillier, Des criminelles au village - Femmes infanticides en Bretagne (1825-1865), p. 136.. Le nombre d'enfants abandonnés se compte en dizaines de milliers chaque année et les tours d'abandon sont fermés en 1863. Ils sont remplacés par des « bureaux d'admission » où les mères peuvent laisser leurs enfants de manière anonyme tout en recevant des conseils. Les tours d'abandon sont abolis par la loi du qui réglemente l'abandon. Le décret-loi du organise l'« accouchement sous X », par lequel les femmes conservent le droit d'accoucher anonymement dans les hôpitaux et d'y laisser leur bébé, puis d'être prises en charge gratuitement pendant 2 mois.

En Belgique, l'Hospice des Enfants Trouvés, rue du Bois Sauvage à Bruxelles, comportait un tour d'abandon où 530 bébés ont été déposés pendant la seule année 1841Jean d'Osta, Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles, Le Livre, 1995, . En 1843, la ville de Bruxelles interdit ce type d'abandon.

Au Brésil et au Portugal, les « rodas dos expostos » (littéralement « roues pour les exposés ») sont instaurées par le décret du de la reine Marie , dans lequel où elle ordonne la création d'un orphelinat par commune. Ainsi, le tour d'abandon de l'hôpital Santa Casa de Misericordia de São Paulo, est installé le et fermé le quand les tours d'abandon sont déclarés incompatibles avec le système social moderne, après un débat qui a duré cinq annéesUn film à ce sujet, Roda Dos Expostos, réalisé par Maria Emília de Azevedo, gagnera le prix de meilleure photographie au Festival de Gramado en 2001..

thumb|Gravure du Foundling Hospital de Londres. Au Royaume-Uni et en Irlande, les enfants abandonnés sont élevés dans des orphelinats financés par le Poor Tax. Il y avait également des maisons d'enfants abandonnés à Londres et à Dublin. Le Dublin Foundling Hospital and Workhouse installe un tour d'abandon en 1730 Minute Book of the Court of Governors : « Hu (Boulter) Armach, Primate of All-Ireland, being in the chair, ordered that a turning-wheel, or conveniency for taking in children, be provided near the gate of the workhouse; that at any time, by day or by night, a child may be layd in it, to be taken in by the officers of the said house. ». Le tour d'abandon de Dublin est fermé en 1826 avec l'hôpital à cause du taux élevé de mortalité parmi les enfants qui y étaient déposés.

Utilisation actuelle En Allemagne, le premier tour d'abandon moderne voit le jour dans le district d'Altona de Hambourg le , après qu'on ait retrouvé en 1999 plusieurs bébés abandonnés qui étaient morts d'hypothermie. Il consiste en un lit chauffé ou au moins isolé où le bébé peut être placé depuis l'extérieur de l'édifice. Quand un bébé y est mis, après un court délai pour laisser le temps à la déposante de partir anonymement, des détecteurs placés dans le lit déclenchent une alarme silencieuse et alertent les personnes soignantes pour qu'elles viennent prendre le bébé en charge. Pendant les huit premières semaines, la mère peut revenir récupérer son enfant sans qu'il n'y ait de retombées légales. Dans le cas contraire, l'enfant est proposé à l'adoption. En 2005, 22 bébés furent déposés dans les tours d'abandon de Hambourg, dont sept ont été récupérés par la suite par leurs mères.

Fin 2011, le ministère de la Santé russe a décidé d'en équiper les hôpitaux russes en commençant par les hôpitaux pour enfants de Krasnodar, Novorossiysk et Sotchi"Moscou. Les bébés peuvent être mis en boîte", Le Point , 24 novembre 2011, , rubrique Le Point de la Semaine Monde..

Raisons pour son utilisation

Une des raisons les plus courantes de l'abandon de bébés par le passé était le fait qu'ils étaient conçus hors mariage. Aujourd'hui, les tours d'abandon sont le plus souvent utilisés par des mères ne pouvant pas prendre en charge l'enfant et ne souhaitant pas dévoiler leur identité. Dans certains pays, dont l'Allemagne, il n'est pas permis aux mères d'accoucher anonymement dans un hôpital ; les Babyklappe ou Babyfenster sont donc les seuls endroits où elles peuvent laisser leur enfant pour que d'autres s'en occupent. En Inde les tours d'abandon sont une alternative à l'infanticide ou fœticide des enfants filles dû à des facteurs socio-économiques.

Aspects légaux thumb|Ruota degli innocenti, Ospedale degli Innocenti, Florence. Les tours d'abandon posent des problèmes légaux par rapport au droit des enfants à connaître leur propre identité, tel qu'il est garanti dans l'article VIII de la Convention relative aux droits de l'enfant. Les tours d'abandon privent également le père de connaître le sort de son enfant.

En Autriche, la loi considère les bébés trouvés dans les tours d'abandon comme enfants abandonnés. Les services sociaux locaux pour les enfants et jeunes (« Jugendwohlfahrt ») prennent en charge l'enfant pendant les six premiers mois, à la suite de quoi il est proposé à l'adoption. Les femmes n'ont pas le droit d'accoucher anonymement.

Dans la République tchèque, le Ministère des affaires sociales confirme en 2006 que les tours d'abandon sont légaux aux yeux de la loi tchèque. Mais en , la colonel de la police Anna Piskova, déclare à la télévision tchèque, en contradiction avec le ministère, que la police recherche les mères d'enfants abandonnés. Ludvik Hess, chef de l'organisation chargée des tours d'abandon, Statim, s'en plaint et obtient l'appui de Save the Children.

En France, le régime de Vichy adopte, le , un décret législatif pour la protection des naissances, permettant l'accouchement anonyme. Cette loi, modifiée depuis, est à l'origine du droit moderne à l'accouchement anonyme (accouchement sous X), comme souligné par le Code d'action sociale et des familles (art. 222-6). Il couvre les enfants jusqu'à l'âge d'un an. En 2003, la Cour européenne des droits de l'homme défend cette loi Case of Odièvre v. France ; 13 février 2003, en déclarant qu'elle ne viole pas la Convention européenne des droits de l'homme.

En Allemagne, le système de Babyklappe est à la limite de la légalité : une mère qui abandonne son enfant commet un crime aux yeux de la loi allemande. Toutefois, les lois sociales allemandes autorisent les parents à laisser leur enfant à charge d'une troisième partie jusqu'à huit semaines, par exemple s'ils doivent rester à l'hôpital. Passé ce délai de huit semaines, un employé du Bureau du Bien-être de l'Enfant doit être appelé. La loi allemande considère les bébés laissés dans les Babyklappe comme laissés à charge d'une troisième partie. Mais le fait qu'on a trouvé des bébés abandonnés qui étaient handicapés ou âgés de plus de trois mois a révélé une lacune dans la loi qui est extrêmement controversée. Plusieurs essais ont été faits pour éclairer la base légale des Babyklappe et pour organiser la prise en charge des bébés abandonnés, mais la situation est encore assez mal régulée.

Au Japon, une mère qui abandonne son bébé encourt une condamnation pouvant aller jusqu'à cinq ans de prison. Mais en 2006, l'Hôpital Jikei de Kumamoto a déposé une demande auprès de la préfecture et de la ville de Kumamoto, ainsi que d'autres autorités, pour ouvrir un tour d'abandon. lui répondu que cela ne serait pas considéré comme un abandon, puisque les bébés seraient mis sous la protection de l'hôpital. Mais que le ministère japonais de la santé ne ferait pas de déclaration à ce sujet, à part pour dire qu'il n'y avait aucun précédent.