Sahourê (signifiant « Rê est protecteur », aussi connu en grec sous le nom de Sephrês, Σϵϕρής) est le deuxième souverain de la sous l'Ancien Empire, qui régna pendant environ douze ans au début du avant notre ère-2458 à -2446 (Allen), -2490 à -2475 (Krauss), -2506 à -2493 (Redford), -2471 à -2458 (von Beckerath), -2447 à -2435 (Málek), -2464 à -2452 (Dodson).. Sahourê est considéré comme l'un des rois les plus importants de l'Ancien Empire, son règne étant un point culminant d'un point de vue politique et culturel de la . Il était le fils de son prédécesseur Ouserkaf et de la reine Néferhétepès, et fut à son tour remplacé par son fils Néferirkarê Kakaï.
Pendant le règne de Sahourê, l'Égypte avait d'importantes relations commerciales avec la côte levantine. Sahourê a lancé plusieurs expéditions navales au Liban d'aujourd'hui pour se procurer du bois de cèdre, des hommes (peut-être des esclaves) et des objets exotiques. Il a également ordonné la première expédition attestée au pays de Pount, qui a rapporté de grandes quantités de myrrhe, de malachite et d'électrum. Sahourê célèbre le succès de cette entreprise dans un relief de son temple mortuaire qui le montre en train d'entretenir un arbre de myrrhe dans le jardin de son palais nommé « La splendeur de Sahourê s'élève au ciel ». Ce relief est le seul dans l'art égyptien à représenter un jardin royal. Sahourê envoya d'autres expéditions dans les mines de turquoise et de cuivre du Sinaï. Il a peut-être aussi ordonné des campagnes militaires contre des chefs libyens dans le désert occidental, ramenant du bétail en Égypte.
Sahourê s'est fait construire une pyramide à Abousir, abandonnant ainsi les nécropoles royales de Saqqarah et de Gizeh, où ses prédécesseurs avaient construit leurs pyramides. Cette décision a peut-être été motivée par la présence du temple solaire d'Ouserkaf à Abousir, le premier temple du genre de la . La pyramide de Sahourê est beaucoup plus petite que les pyramides de la mais la décoration de son temple mortuaire est plus élaborée. La chaussée et le temple mortuaire de son complexe pyramidal étaient autrefois ornés de plus de de beaux reliefs, ce qui les rendait célèbres dans l'Antiquité. Les architectes de l'ensemble pyramidal de Sahourê ont introduit l'utilisation de colonnes palmiformes (c'est-à-dire de colonnes dont le chapiteau a la forme de feuilles de palmier), qui allait bientôt devenir une marque de fabrique de l'architecture égyptienne ancienne. Sahourê est également connu pour avoir construit un temple solaire appelé « La Roselière de Rê », et bien qu'il ne soit pas encore localisé, il est probablement aussi à Abousir.
Famille vignette|Sahourê vêtu du manteau de la fête-Sed et portant la couronne rouge de Basse-Égypte.
Ascendance
L'identité des parents de Sahourê a été mise en lumière à la suite des découvertes réalisées à Saqqarah et à Abousir dans les temples funéraires royaux dont le sien propre : À Saqqarah dans le temple funéraire de la pyramide d'Ouserkaf où le cartouche de Sahourê a été retrouvé confirmant que ce dernier avait achevé le complexe de son prédécesseur direct et supposant ainsi un lien de filiation direct ; Non loin de ce site, les fouilles du temple funéraire de la pyramide de Néferhétepès, l'épouse d'Ouserkaf, ont révélé que le monument avait subi des modifications substantielles de son plan peu de temps après son édification. L'ajout, notamment d'un vestibule à colonnes dont le style est identique à celui des colonnes du temple funéraire de Sahourê, apporte un second indice favorisant l'hypothèse de la filiation entre ces différents personnages royaux ; C'est à Abousir que la preuve définitive a été trouvée parmi les découvertes récentes du Conseil suprême des Antiquités égyptiennes faites dans le temple funéraire de la pyramide de Sahourê. De nouveaux blocs décorés appartenant à la chaussée du temple, et ayant échappé aux fouilles du siècle dernier, ont été mis au jour révélant de nouveaux pans entiers du programme décoratif du monument déjà bien documenté par les travaux de Ludwig Borchardt. Parmi ces scènes inédites figurent celles représentant la famille royale. Néferhétepès y est représentée portant le titre de « Mère royale ». Cette découverte permet ainsi de compléter le puzzle jusque-là supposé avec les trouvailles de Saqqarah.
Ainsi, il est aujourd'hui largement admis que les parents du roi Sahourê sont le roi Ouserkaf et la reine Néferhétepès.
Épouse
Un relief ornant à l'origine la chaussée de la pyramide de Sahourê représente la reine Méretnebty, qui était donc très probablement l'épouse de Sahourê et la mère de Néferirkarê Kakaï et de Netjerirenrê.
Descendance
Sahourê est connu pour avoir été remplacé par le roi Néferirkarê, qui était considéré, jusqu'en 2005, comme son frère. Cette année 2005, les égyptologues Miroslav Verner et Tarek El-Awady ont découvert un relief, celui cité juste au-dessus, et représentant Sahourê assis devant deux de ses fils, Rânéfer et Netjerirenrê. À côté du nom de Rânéfer, le texte « Néferirkarê Kakaï roi de Haute et Basse-Égypte » avait été ajouté, indiquant que Rânéfer était le fils de Sahourê et a pris le trône sous le nom Néferirkarê Kakaï à la mort de son père. Comme Rânéfer et Netjerirenrê portent tous deux le titre de « Fils aîné du Roi », Verner et El-Awady pensent qu'ils étaient peut-être jumeaux avec Rânéfer né le premier. Ils proposent que Netjerirenrê se soit emparé du trône pour un bref règne sous le nom de Chepseskarê, bien que cela reste conjectural. Netjerirenrê portait plusieurs titres religieux correspondant à des postes de haut rang dans la cour et qui suggèrent qu'il a pu agir comme un vizir pour son père. Cela fait cependant l'objet d'un débat, comme le souligne Michel Baud, à l'époque de Sahourê, l'expulsion des princes royaux du vizirat était en cours, sinon déjà achevée.
Quatre autres fils, Khâkarê, Nebânkhrê, Râemsaf et Horemsaf sont représentés sur des reliefs du temple mortuaire et de la chaussée de Sahourê, mais l'identité de leur mère est inconnue.
Règne vignette|Sahourê tirant à l'arc. Relief provenant de son temple funéraire à Abousir - musée égyptien de Berlin.
Durée du règne
Le Canon royal de Turin, écrit sous la , lui attribue douze ans, cinq mois et douze jours de règne. La pierre de Palerme, liste et annales dynastiques établies sous la , mentionne comme dernière année enregistrée dans les annales de la dynastie pour le règne du roi, l'an quatorze, neuf mois et six jours. Dans l'étude comparative de la pierre de Palerme et des fragments complémentaires du Caire, Georges Daressy parvient à une quinzième année de règne. Manéthon le nomme Secheres et lui donne treize années de règne.
Activités en Égypte
La majorité des activités de Sahourê en Égypte enregistrées dans la pierre de Palerme sont de nature religieuse. Durant la cinquième année de son règne, la pierre mentionne la fabrication d'une péniche divine, peut-être à Héliopolis, la quantité exacte d'offrandes quotidiennes de pain et de bière à Rê, Hathor, Nekhbet et Ouadjet fixées par le roi et le don de terres à divers temples.
Sahourê a également réorganisé le culte de sa mère Néferhétepès, dont le complexe mortuaire avait été construit par Ouserkaf à Saqqarah. Il a notamment ajouté à son temple un portique d'entrée à quatre colonnes, de sorte que l'entrée ne faisait plus face à la pyramide d'Ouserkaf.
Les preuves archéologiques suggèrent que les autres activités de construction de Sahourê étaient concentrées à Abousir, où il a construit sa pyramide, et dans son voisinage immédiat qui abritait probablement son temple solaire. Ce temple, le deuxième de ce type réalisé sous la et encore à localiser, est connu pour avoir existé grâce à une inscription sur la pierre de Palerme où il est appelé Sekhet Rê, ce qui signifie « La Roselière de Rê ». Quelques blocs de calcaire portant des reliefs qui ornaient autrefois le temple ont été retrouvés encastrés dans les murs de l'ensemble mortuaire de Niouserrê, le quatrième successeur de Sahourê. Cela suggère soit que ces blocs sont des restes de la construction du temple, soit que Niouserrê a utilisé le temple de Sahourê comme carrière pour les matériaux de construction car il était inachevé.
Le palais de Sahourê, appelé Outjes-néferou-Sahourê, « Louées soient les beautés de Sahourê », est connu par une inscription sur des jarres de stockage découvertes en février 2011 dans le temple mortuaire de Néferefrê. Au vu de l'intérêt particulier que la a eu pour ce site accessible depuis une retenue d'eau du fleuve qui formait un véritable lac, il est probable que le palais royal se situait à proximité, en contrebas du plateau rocheux sur lequel les mausolées royaux sont édifiés, dominant une ville de pyramide, cité toute consacrée au chantier du règne.
Le fragment d'une statue portant le nom du roi a été découvert en 2015, à El Kab. Au sud de l'Égypte, une stèle portant le nom de Sahourê a été découverte dans les carrières de diorite situées dans le désert au nord-ouest d'Abou Simbel en Basse-Nubie. Encore plus au sud, le cartouche de Sahourê a été retrouvé dans un graffiti à Toumas et sur un sceau à Bouhen à la deuxième cataracte du Nil.
Activités hors d'Égypte vignette|La flotte de Sahourê de retour d'une expédition navale.
Commerce et expéditions
Les documents historiques et les artefacts qui subsistent suggèrent que les contacts avec les terres étrangères ont été nombreux pendant le règne de Sahourê. En outre, ces contacts semblent avoir été essentiellement de nature économique plutôt que militaire. Les reliefs de son complexe pyramidal montrent qu'il possédait une marine composée de bateaux de cent coudées de long (environ cinquante mètres), dont certains reviennent du Liban chargés de troncs de cèdres précieux. D'autres navires sont représentés chargés d'« Asiatiques », adultes et enfants, qui étaient peut-être des esclaves. Un relief unique représente plusieurs ours bruns syriens, probablement ramenés de la côte levantine par une expédition navale. Ces ours apparaissent en association avec douze jarres de Syrie peintes en rouge à une poignée et sont donc susceptibles de constituer un tribut.
Les contacts commerciaux avec Byblos ont certainement eu lieu pendant le règne de Sahourê et les fouilles du temple de Baâlat ont permis d'obtenir un bol en albâtre portant le nom de Sahourê. Il aurait épousé une princesse phénicienne. Il existe d'autres preuves corroborant la présence de commerce avec le Levant pendant la , avec un certain nombre de vases de pierre portant des cartouches de pharaons de cette dynastie, découverts au Liban. Enfin, un morceau d'or fin estampé sur un trône de bois et portant des cartouches de Sahourê aurait été retrouvé lors de fouilles illégales en Turquie parmi un assemblage plus large connu sous le nom de Trésor de Dorak. L'existence du trésor est cependant aujourd'hui largement mise en doute.
Dans sa dernière année sur le trône, Sahourê a envoyé la première expédition documentée vers la terre légendaire de Pount. L'expédition aurait rapporté des animaux exotiques ainsi que de myrrhe et des arbres à myrrhe, essence qui ne poussait pas en Égypte, ainsi que de la malachite et de l'électrum. Sahourê semble s'être particulièrement et personnellement intéressé à ces arbres car il s'est fait représenter dans son palais les cultivant en présence de son entourage, se vantant d'être le premier souverain à avoir réussi cet exploit. Pour cette raison, on attribue souvent à Sahourê la création d'une marine égyptienne. Cependant, on sait aujourd'hui que les rois égyptiens précédents avaient aussi une marine de haute mer, en particulier Khéops sous le règne duquel le plus ancien port connu, Ouadi el-Jarf, sur la mer Rouge, était en activité. Néanmoins, les reliefs du complexe pyramidal de Sahourê restent les « premières représentations définitives de navires de mer en Égypte » (Shelley Wachsmann).