vignette|alt=iles d'Océanie à l'est-nord-est de l'Australie|Zone géographique où est parlé le bichelamar vignette|Une locutrice du bichelamar enregistrée à Vanuatu. Le bichelamar, aussi appelé bichlamar ou bislama (autonyme : , ), est un créole à base lexicale anglaise, parlé au Vanuatu (anciennes Nouvelles-Hébrides).

C'est la langue véhiculaire de cet archipel qui compte, par ailleurs, environ cent trente langues vernaculaires. Depuis son indépendance en 1980, c'est aussi l'une des trois langues officielles de la République du Vanuatu, à égalité avec le français et l'anglais.

Origine du nom Le mot bichelamar vient du portugais bicho do mar « bête de mer » qui désigne un animal marin, l'holothurie« bêche-de-mer », American Heritage Dictionary, 2000.. En français, cet animal est appelé concombre de mer, mais parfois aussi bêche de mer ou biche de mer, notamment dans l'océan Pacifique (Nouvelle-Calédonie...). L'anglais ne connaît que sea cucumber. Les holothuries sont un produit consommé par les Chinois : leur commerce se fit d'abord avec les Malais, puis il s'étendit au Pacifique-Sud. Au milieu du , des trafiquants, les beachcombers ( ou « batteurs de grève »), allèrent la ramasser sur les récifs des îles mélanésiennes pour la revendre en Chine. La langue parlée entre ces navigateurs et les populations locales, sorte de sabir à base d'anglais et de quelques autres langues comme le portugais, constitue la toute première forme du futur pidgin qui allait se répandre dans toute la Mélanésie. C'est ainsi que le terme bichelamar a fini par désigner l'une des variantes de ce pidgin. La forme bislama est la prononciation de ce même mot dans le pidgin lui-même, et sa graphie officielle dans cette langue.

Histoire Dans la première moitié du , la Polynésie a été le lieu d'une importante pêche à la baleine. De nombreux autochtones ont été engagés dans les équipages des baleiniers. C'est l'origine d'un premier pidgin utilisé entre membres de ces équipages. Le nombre de baleines a décru progressivement, et donc leur pêche, mais le pidgin est resté comme langue de communication.

Dans le même temps, en 1827, la présence de bois de santal a été révélée dans l'île d'Erromango. Ce bois précieux, très prisé en Chine, a été l'objet d'un intense commerce effectué par les marchands australiens. Ces deux activités se sont ajoutées à l'exploitation de l'holothurie, et à son exportation vers la Chine.

Au cours du , le bichelamar est également parlé, parmi d'autres langues, en Nouvelle-Calédonie. Mais au milieu du le Bislama n'était plus utilisé en Nouvelle Calédonie. vignette|Groupe de Néo-Hébridais dans une exploitation de canne à sucre du Queensland, en Australie. Mais aux environs de 1860, toutes ces activités déclinèrent. C'est à cette époque que se sont développées de nouvelles plantations en Australie, spécialement au Queensland : canne à sucre surtout, mais aussi coton et coprah. Ces cultures réclamant beaucoup de main d'œuvre, c'est près de du futur Vanuatu qui furent enlevés pour travailler dans les plantations, au cours d'une période connue sous le nom de « Blackbirding ». Les travailleurs étaient engagés pour une durée théorique de , mais certains ont effectué deux, voire trois fois cette période. Les travailleurs venant d'îles différentes, et donc parlant des langues différentes, utilisèrent naturellement entre eux le pidgin qui émergeait alors. En effet, pour communiquer entre eux, ces travailleurs déracinés utilisaient un parler véhiculaire, comportant un vocabulaire anglais mais conservant la syntaxe des langues mélanésiennes. Ce pidgin est à l'origine du tok pisin aujourd'hui parlé en Papouasie-Nouvelle-Guinée ; du pijin parlé aux îles Salomon ; et du bislama parlé au Vanuatu.

À la fin de la période du Blackbirding, alors que les travailleurs rentraient chez eux autour de 1910, le bislama s'est stabilisé linguistiquement, puis a commencé à se répandre comme lingua franca, dans tout l'archipel du Vanuatu (alors nommé les Nouvelles-Hébrides). Lors de l'indépendance en 1980, il devient langue officielle, aux côtés du français et de l'anglais. De plus, en 1981, les Églises de Vanuatu ont accepté d'utiliser le bislama comme langue de communication avec leurs fidèles. Tout ceci a considérablement renforcé la position de cette langue, peu considérée jusque-là. Au cours des dernières décennies, les courants migratoires, l'urbanisation, les mariages entre groupes linguistiques différents, le livre et la radio ont contribué au processus de créolisation du pidgin-english : le bislama, dans les deux zones urbaines du pays (Port-Vila et Santo), est ainsi devenu la première langue de nombreux locuteurs qui ont cessé de parler leur langue d'origine. Il garde néanmoins son statut de pidgin (langue véhiculaire) dans les zones rurales du Vanuatu, qui continuent encore aujourd'hui à parler les langues vernaculaires d'origine.

Le bislama est actuellement la langue la plus utilisée dans l'archipel du Vanuatu, aussi bien dans la vie quotidienne que dans les médias ou au parlement, faisant office de terrain neutre dans un pays partagé entre les influences française et anglaise.

Alphabet et prononciation Voyelles A, I, O = comme en français E = ou U =

Consonnes B, D, F, K, L, M, N, P, R, S, T, V, Y = comme en français G = , souvent confondu avec K P et F sont également parfois confondus (ex. : prom / from) H = comme en anglais, muet chez certains locuteurs J = entre et W = , comme dans watt

Diphtongues AE = proche de aille () AO = proche de l'anglais ow ()

Grammaire Pronoms personnels Singulier mi ( < me ) : je yu ( < you ) : tu hem ( < him ) : il, elle

Duel yumitu ( < you me two ) : nous deux inclusif (toi et moi) mitufala ( < me two fellow ) : nous deux exclusif (moi et lui) yutufala ( < you two fellow ) : vous deux tufala/tugeta ( < two fellow, together ) : eux deux, ensemble

Triel yumitrifala ( < you me three fellow ) : nous trois inclusif (vous deux et moi) mitrifala ( < me three fellow ) : nous trois exclusif (nous trois) trifala ( < three fellow ) : eux trois

Pluriel yumi ( < you me ) : nous inclusif (nous tous) mifala ( < me fellow ) : nous exclusif (eux et moi) yufala ( < you fellow ) : vous (>3) ol/olgeta ( < all (to)gether ) : eux, elles (>3)

Phrase de base Il n'y a pas de verbe être utilisé comme copule. mi dokta = je suis docteur yu smol = tu es petit

Le mot i est utilisé pour indiquer la fin du groupe sujet à la troisième personne du singulier. hem i dokta = il est docteur haos i waet = la maison est blanche

Il est présent même lorsque le sujet est omis. i smelem gud = ça sent bon

Le pluriel est introduit par ol, i devenant alors oli. ol haos oli waet = les maisons sont blanches

Verbes Les verbes sont soit invariables, soit possèdent deux formes.

Verbes invariables : kakae = manger (également « nourriture ») swim = doucher (également « baigner ») dring = boire

Verbes variables : giv / givim = donner bon / bonem = brûler, naître kuk / kukum = cuire, cuisiner

La forme en -m indique que le verbe possède un complément d'objet direct. Par exemple : haos i bon = la maison brûle mi bonem haos = je brûle la maison

Marqueurs aspectuels no : ne... pas hem i no kakae yam = il ne mange pas d'igname

nomo : ne... plus (placé avant le prédicat) hem i nomo kakae yam = il ne mange plus d'igname

nomo : ne... que (placé après le prédicat) hem i kakae yam nomo = il ne mange que de l'igname

neva : ne... jamais hem i neva kakae yam = il ne mange jamais d'igname

tes : l'action vient tout juste de se produire mifala i tes wekap = nous venons de nous réveiller

stat : commencer, début d'un processus hem i statem kukum kumala = elle vient juste de commencer à faire cuire les patates douces

stap : action en train de se dérouler, avoir l'habitude hem i stap kukum kumala = elle est en train de faire cuire des patates douces / elle a l'habitude de faire cuire les patates douces

bin : lorsque l'action se déroule à un moment précis du passé hem i bin go long Kanal = il est allé à Luganville (principale ville de Santo)

finis : exprime l'accompli hem i kakae finis = il a fini de manger

mas : devoir, obligation hem i mas kakae = il doit manger

traem : essayer, tenter hem i traemem singsing = il essaie de chanter

wantem : vouloir, désirer hem i wantem go long Kanal = il veut aller à Luganville

save : pouvoir, savoir, capacité mi save toktok bislama = je sais parler le bichelamar

bambae (ou seulement bae) : futur hu ia bambae i karem yu i go kasem haos ? = qui donc t'emmenèneras jusqu'à la maison ? niu nem ia we bambae hem i tekem = le nouveau nom qu'il adoptera

supos (ou seulement spos ou sipos) : si, exprime la supposition supos yumitufala i faenem pig ia, bae yumi kilim hem = si nous trouvons ce cochon sauvage, nous le tuerons

Prépositions Blong Peut se traduire par « de » ou « pour ». Dans un discours rapide, peut être raccourci en blo. Indique une relation d'appartenance. haos blong mi = ma maison naef blong yu = ton couteau Indique une relation plus générale entre déterminant et déterminé. wil blong trak = pneu de voiture mit blong pig = viande de cochon Indique une fonction ou un but. buk blong rid = livre de lecture wota blong dring = eau potable mi go long taon blong pem bred = je suis allé en ville pour acheter du pain Indique un trait de caractère ou une origine. hem i man blong drink = c'est un ivrogne hem i blong Tanna = il est de Tanna

Long Peut se traduire par "à", "dans", "sur" ou "avec". Dans un discours rapide, peut être raccourci en lo. Indique une localisation. bred i stap long tebol = le pain est sur la table mi stap slip long haos = je dors dans la maison Indique le moyen, l'instrument. mi kam long trak = je suis venu en voiture mi katem frut long naef = je coupe un fruit avec un couteau Indique une comparaison. Frut ia i mo gud long taro ia = ce fruit est meilleur que ce taro kava long Tanna i mo daerek long kava long Santo = le kava de Tanna est plus fort que le kava de Santo

Wetem Peut se traduire par « avec », « en compagnie de ». Indique l'accompagnement. mi kam wetem yu = je viens avec toi

Olsem marque l'identité, la ressemblance wan fis olsem sak = un poisson comme un requin wud ia i strong olsem ayan = ce bois est dur comme du fer

From Peut se traduire par "à cause de". Indique la cause. mi bin kam from hariken = je suis venu à cause de l'ouragan

Interrogatifs Hamas : combien? Hamas mane ? : combien ça coûte ? I hamas ? : C'est combien ? Hu : qui ? Woman ia hu ? : Qui est cette femme ? Nem blong man ia hu ? : Quel est le nom de cet homme ? Wanem : quoi ? Yu wantem wanem ? : Que veux-tu ? Wanem nem blong yu ? Quel est ton nom ? Wiswan : lequel ? Yu tekem wiswan ? : Lequel prends-tu ? Wea : où ? Yu go wea ? : où vas-tu ? Wanem taem : quand ? Stoa i klos long wanem taem ? : À quelle heure ferme le magasin ? Weswe : par quel moyen ? Comment ?

Nombres Cardinaux 1 : wan ; 2 : tu ; 3 : tri ; 4 : fo ; 5: faef ; 6 : sikis : 7 : seven ; 8 : eit ; 9 : naen ; 10 : ten ; 11 : leven ; 12 : twelef ; 13 : tatin ; 14 : fotin ; 15 : feftin ; 16 : sikistin ; 17 : seventin ; 18 : eitin ; 19 : naetin ; 20 : twante ; 30 : tate ; 40 : fote ; 50 : fefete ; 60 : sikiste ; 70 : sevente ; 100 : handred Ordinaux : nambawan (ou fes); : nambatu; : nambatri…

Déterminants wan : un(e) sam-fala : des, quelques plante : beaucoup de ol : les wanwan : un par un evri : tous, chaque sam we long : environ ia : ce, cette

Superlatif Se construit avec le terme « mo » ol mo naes buluk : les plus beaux bœufs Wan mo gud rod : une meilleure route

Quelques exemples

halo : Bonjour olsem wanem : Comment vas-tu ? i gud (nomo) : (très) bien Tangyu tumas : Merci beaucoup Plis : s'il te plait Gudmoning : Bonjour Gudnaet : Bonsoir, bonne nuit Tata : au revoir Allez : au revoir lukim yu : À tout à l'heure, au revoir