La brigade de Savoie est une unité militaire du royaume de Sardaigne principalement cantonnée à Turin.
Elle succède au régiment de Savoie, fondé en 1660 et dissous en 1802. Recréé lors de la restauration sarde de 1814 puis définitif en 1815, le régiment devient brigade de Savoie, constituée de deux régiments à partir de 1820. L'unité est à nouveau dissoute en 1860, à la veille de l'annexion de la Savoie par la France, pour être recréée dans le royaume sarde, en , devenant Brigata del Re, puis Brigata Re.
Ce corps d'élite de l'armée ducale, puis royale de la maison de Savoie possède ses propres codes : un recrutement spécifique dans les provinces du duché de Savoie, ses traditions, ses uniformes.. Les commandements, bien qu'étant donnés en italien, sont donnés en langue française à la troupe. Ses membres étaient également surnommés les Cravates Rouges., car il s'agit de l'attribut qui a toujours fait partie de leur tunique malgré les variations au cours du temps.
Historique La brigade de Savoie fait suite au régiment de Savoie, héritier des armées médiévales savoyardes qui défendirent le comté de Savoie, puis le duché de Savoie. Dès lors que les comtes puis les ducs de Savoie s'engagent dans une expansion territoriale donnant naissance aux États de Savoie, l'armée engage des troupes originaires de l'ensemble des provinces. Désormais les Savoyards deviennent une composante de l'armée ducale, puis royale. Cependant, dans la seconde moitié du , les régiments spécifiquement savoyards qui demeurent toujours se voient fondre dans un régiment, puis brigade de Savoie. Le baron Clément Chollet du Bourget, auteur d'un ouvrage de référence sur la brigade, considère que le début officiel de celle-ci date de 1660 avec l'apparition de ces premiers régiments constitutifs. Le commandant de Bissy, un autre auteur spécialiste de la question, considère que la brigade prend réellement naissance, en tant que brigade constituée de tous ses régiments spécifiques, avec l'utilisation officielle du terme « brigade de Savoie » en 1664.
Période ducale
Le comté de Savoie est érigé en duché le par l'empereur Sigismond .
Le duc Charles Emmanuel II de Savoie crée les premiers régiments spécifiques de la brigade de Savoie constituée. Le premier, un régiment sous le commandement d'un colonel (colonellat) est mis en place en 1639. Celui-ci est composé de quatre compagnies de 400 hommes originaires du duché de Savoie et des vallées francophones du versant italien (Val d'Aoste). Si les commandements se font en italien, la langue commune au sein de la troupe est le français.. Les cris de guerre (voir ci-après) se font en patois.
Ce premier régiment de 1639, composé de volontaires, est organisé par Carlo Umberto, marquis de Mulazzino. Il est fondu en 1660, avec le régiment de Tarentaise créé en 1656. Son premier colonel est le marquis Milliet de Challes. En 1664, il devient le et le d'infanterie de ligne, sous le nom de « Savoie »Mémoires et documents (volume 48) de la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie (1910), ..
Le duc Victor-Amédée II réorganise son armée, symbole de sa puissance .. Elle est composée de compagnies des Gardes du corps, de six régiments Nationaux d'Infanterie d'Ordonnance (montés à sept puis dix en 1713) et de quatre (puis six) régiments de cavalerie.
En 1713, ce sont donc dix régiments qui composent l'armée sarde, dont sept en Piémont, un dans le comté de Nice et deux dans le duché.. Ces dix régiments sont composés de 6 compagnies de cent hommes chacune.
Le régiment de Savoie participe à l'ensemble des conflits et notamment : : bataille de la Staffarde. 1691 : défense de Coni 1692 : défense du château de Nice 1693 : bataille de La Marsaille 1706 : siège de Turin 1714 : défense de Syracuse
Période sarde Le duc de Savoie, Victor-Amédée II, devient en 1718 roi de Sardaigne.
Le régiment de Chablais change en 1774 pour devenir celui de Genevois. Il recrute les différents appelés des provinces du Faucigny, du Chablais et du Genevois.. Celui de Tarentaise devient en 1780 celui Maurienne.
Le duché de Savoie possède d'autres unités militaires comme le « Savoie Cavalerie » créé le , formé de huit compagnies de soixante chevaux dont une bonne partie assurera la défense des frontières du comté de NiceComte Alexandre de Saluces, Histoire militaire du Piémont, 1818, ., les chevau-légers de Savoie, les chasseurs de Savoie ou encore les dragons du Genevois.
La brigade s'engage dans les guerres faisant suite à la guerre de Succession de Pologne puis celle d'Autriche. Le régiment participe aussi aux batailles de Mont-Dauphin, Madonne de l’Olmo (1744) Campo Santo (1745), Asti (1746) et l’Assiette (1747).
Invasion française et Empire
Dans la nuit du 21 au , l'armée des Alpes française commandée par le général Montesquiou, dans laquelle on retrouve la Légion des Allobroges, envahit la Savoie. par les Marches et Apremont. La garnison de Chambéry se replie précipitamment, en passant par les Bauges, pour rejoindre la Tarentaise, puis le Piémont, via le Val d'Aoste.. Le régiment de Savoie présent dans le duché n'est constitué que d'un seul bataillon, le reste de la troupe se trouve en Piémont.. Cette dernière est commandée par le colonel Janus Gerbaix de Sonnaz.
Le régiment dit de Savoie combat durant l'année 1792. Il participe à la bataille de Valdieri, en . En 1798, les troupes révolutionnaires françaises, menées par le général Joubert, entrent en Piémont. Les régiments savoyards, tant d'ordonnance(Régiment de Savoie), que provinciaux (Maurienne, Genevois), participent héroïquement à la défense du pays, avec les régiments d'Aoste et de LombardieAlexandre de Saluces, Histoire militaire du Piémont, volume 1, 1818, .. Turin tombe le de la fin de l'année, le roi Charles-Emmanuel IV de Sardaigne perd sa capitale et sous la contrainte de l'occupant renonce à ses droits sur les terres continentales de ses États, se repliant à Cagliari, capitale insulaire du royaume de Sardaigne, avec la cour et son armée.
Après la bataille de Marengo (), les troupes piémontaises furent incorporées à l’armée française le « régiment de Savoie » devint un bataillon du d'infanterie qui participe aux campagnes de l'Empire.
En , les troupes autrichiennes entrent en Suisse, elles sont dans Genève le 30, coll. sous la dir. Jean-François Durand.. Le , Janus Gerbais de Sonnaz (1736-1814), ancien commandant du régiment de Savoie, proclame, à Thonon, la restauration du duc de Savoie, roi de Sardaigne et recrée un bataillon de volontaires pour libérer la Patrie. Celui-ci sera équipé par le général Bubna... Janus de Sonnaz meurt peu après dans une escarmouche, son frère, Joseph-Hyppolite, alors colonel de cavalerie, lui succède dans l'organisation de la riposte.. Les fils de Janus s'enrôle dans le régiment de volontaires, notamment le futur général Alphonse., alors que c'est son aîné, Joseph, qui sera chargé de ramener le bataillon à Turin, à la suite du traité de , avant la reformation du régiment de Savoie.
Restauration sarde
Pendant les Cent-Jours, le régiment de Savoie est chargé de protéger la cité de Montmélian et de Maltaverne avec le régiment de Piémont. Dans la nuit du 14 au , les troupes françaises, mené par le maréchal Suchet., ont pour objectif la prise de la cité, de même que L'Hôtipal et Conflans, contrôlant l'entrée de la vallée de la Tarentaise., ainsi que de contrôler la route menant au Mont-Cenis. La ville tombe et le régiment de Savoie se replie sur Aiguebelle. La brigade tombe les armes face aux hommes du de ligne, menés par le colonel Antoine-François Genevay. Le régiment de Piémont et les chasseurs Robert se sont repliés sur Tournon avec , devant à nouveau reculer face aux troupes françaises, jusqu'à Conflans.
1816 : garnison à Turin. 1818 : à la suite d'une rixe entre soldats savoyards et piémontais, le régiment perd le privilège de nationalité, des officiers piémontais étant nommé à sa tête et il est envoyé en garnison à Coni (Cuneo). 1820 : réorganisation de l'armée sarde. Le régiment de Savoie est organisé en brigade, constitué de deux régiments d'infanterie de ligne, 1° et 2° - ( Infanterie Lourde). 1835 : garnison à Gènes. 1842-1845 : Chambéry.
Guerres d'indépendance
Charles-Albert de Savoie-Carignan s'engage dans une nouvelle politique au nord de la péninsule italique. La brigade de Savoie est présente et participe aux différents combats :
1848 : Première guerre d'indépendance italienne : bataille de Pastrengo 1849 : Bataille de Magenta. Commandée par le chevalier Louis-François Louis Perrier, major général. Bataille de Novare 1855 : Guerre de Crimée : le général Jean-François Mollard, nommé en 1849, mène la brigade lors de la bataille de la Tchiornaïa () où il gagne ses galons de major général.. 1859 : Seconde guerre d'indépendance italienne ou campagne d'Italie 1859 : Bataille de Solférino, la brigade derrière le général Perrier, s'engage avec et en perdra 243.
Au moment de l'annexion du duché de Savoie par la France, Napoléon III émit le souhait de voir passer la brigade de Savoie dans l'armée française. Un refus est présenté par Cavour au ministre de France à Turin, Talleyrand. Ainsi, chaque soldat doit faire le choix librement et individuellement, avant le , de rester au service du roi de Sardaigne ou de passer dans l'armée impériale française. Le , la brigade est officiellement dissoute..
Dissolution Lors de l'annexion de la Savoie à la France, les hommes de la brigade, tout comme l'ensemble des Savoyards appartenant aux différents corps d'armée, sont appelés à participer au plébiscite de réunion du duché à la France. Des de l'ensemble des militaires savoyards, se prononcent en faveur oui, 283 non et on compte 34 bulletins nuls.. Plus de 95 % des hommes de troupes optent pour la France..
Les 383 officiers savoyards doivent choisir entre passer à l'armée française ou rester fidèle au roi de Sardaigne. La plupart d'entre eux optent pour la fidélité au roi Victor-Emmanuel II de Savoie. Pourtant, avec les articles 5 et 6 du traité de Turin du 24 mars 1860, l'armée française leur promet de « maintenir les mêmes droits sardes acquis », si les « citoyens-soldats choisissent la nationalité française et l'armée française », mais aussi l'obtention de la Légion d'honneur. Toutefois, leur maintien dans l'armée sarde leur garantit une promotion, car l'armée sarde ne peut se séparer d'une partie de ses cadres. Face à ces deux offres, seuls 26 % d'entre eux optent pour la France.
Plus spécifiquement, le Conseil communal de Turin offre la citoyenneté de la ville aux membres de la Brigade qui ont opté pour la fidélité au royaume de Piémont-Sardaigne. 88 d'entre eux acceptent..
La brigade de Savoie licenciée., elle est très vite réorganisée pour la partie sarde en devenant Brigata del Re, puis Brigata Re, les unités gardent l'ancien rang hiérarchique de et d'infanterie. Elles continueront à utiliser les drapeaux et l'uniforme de l'ancienne brigade de Savoie. Thèse de doctorat ès-lettres..
Les membres de la brigade de Savoie qui désirent intégrer l’armée impériale, comme brigade de volontaires savoisiens, intègrent le d'infanterie de ligne. Constitué le , le régiment est envoyé au camp de Châlons en , puis licencié le de la même année et pour finir dissous le .. Les officiers savoyards sont incorporés et dispersés dans différentes armes de l'armée française.. Hubert Heyriès note, dans son article que, .
Brigata Re
Au cours des années 1860-61, elle participe à la campagne répressive du brigandage en Italie méridionale et, en 1866, à la troisième guerre d'Indépendance italienne.
Recréation Un groupe historique militaire est créé en 2005.
Traditions Drapeaux
..
Au , .
Un décret du prescrit l'usage du .
Cris de guerre Les cris de guerre utilisées par les armées savoyardes, durant le Moyen Âge, sont « Savoie, Saint-Maurice » ou « Savoie, bonnes nouvelles ! ».. À partir des , les troupes chargent au cri de « Savoie ».