Un empereur romain est le principal dirigeant de l'Empire romain, depuis la fin de la République romaine avec Auguste (en ) jusqu'à la chute des empires et principautés issues de la décomposition de l'empire byzantin.
Dans la période antique, le terme ne définit pas de fonction précise et légale mais plutôt un conglomérat de pouvoirs, initialement liés à des fonctions de la période républicaine ; cette accumulation de pouvoirs a évolué au fil des siècles. Le titre d', résultant d'un concept assez moderne, n'était pas utilisé par les Romains avec le même sens : si un homme était , il était souvent appelé , ou pour les militaires (dont est dérivé le terme empereur), alors que le titre est aujourd'hui utilisé pour résumer la position tenue par les individus détenteurs du pouvoir dans l'Empire romain.
Comme l'écrit Paul Veyne : .. C'est un simple mandataire de la collectivité, chargé par elle de diriger la république..
Les empereurs romains refusaient d'être considérés comme des rois, préférant l'idée d'apparaître comme des représentants de la République. Le premier empereur, Auguste, évite toute association avec le terme de monarque, clamant que ses pouvoirs sont authentiquement républicains, et pendant la période du principat (-) les institutions républicaines (sénat et magistratures) sont conservées. L' empereur est considéré , « premier entre ses pairs », bien que les pouvoirs soient de fait concentrés dans ses mains. Avec Dioclétien, qui amorce le dominat (285-476), ces institutions sont abandonnées, et les empereurs deviennent des , bien que le contraste avec les soit maintenu, et deviennent , « maître et dieu ». Au sein de l'Empire romain d'Orient, les empereurs à partir d’Héraclius adoptent le titre de Basileus ( en grec), mais qui est réservé aux empereurs , alors que les autres rois sont appelés Rigas.
En plus de leur fonction pontificale (), les empereurs avaient un statut divin, initialement après leur mort, et, depuis le dominat, à partir de leur accession au pouvoir. Lorsque le christianisme prévaut sur le paganisme, le statut religieux des empereurs change, pour devenir lieutenant du Christ sur Terre.
Fonctions et pouvoirs des empereurs romains Les origines du pouvoir impérial vignette|180px|Néron, musées du Capitole (Rome).
Le pouvoir impérial est une délégation, une mission confiée à un individu théoriquement choisi ou accepté par le peuple romain et le Sénat. Les Césars successifs sont ainsi présentés comme ..
Tout citoyen dévoué appartenant à la noblesse sénatoriale des « clarissimes » peut prétendre au pouvoir pour assurer le salut commun. Des lois non écrites écartent les Grecs et plus tard les Germains.
Pour l'historien Jean Béranger, les empereurs romains sont de grands « patriotes » qui assument les affaires publiques, les transmettent tout naturellement à leur héritier présomptif, ou encore les conquièrent de haute lutteJ. Béranger, Recherches sur l’aspect idéologique du principat, Bâle, 1953, .. L’empereur n’est donc pas un roi héréditaire. Parfois, les empereurs adoptent la personne destinée à leur succéder. Parfois, la succession est héréditaire. Mais dans ce cas, le nouvel empereur, ne succède à son père dans son poste que s’il en a reçu expressément l’investitureDagron, .. En cas de crise, un général porté en triomphe par ses soldats peut par les armes accéder au pouvoir suprême, c'est le cas pendant la crise du troisième siècle.
Jusqu’à la fin de l’Empire byzantin, l'idée que le trône n’était la propriété de personne, ni d’un individu ni d’une dynastie, a survécu. La conséquence d'un tel système est le risque de guerre civile à chaque changement de règne. Les périodes où la succession s'est effectuée de manière paisible, comme sous les Antonins, ont été des exceptions. Le Sénat et le peuple sont pénétrés par la crainte d’une guerre civile à chaque succession. Ils acceptent donc avec empressement l'idée qu’un descendant du prince régnant prenne la suite de son père. Un des devoirs de tout empereur est de préparer la transmission pacifique de son trône. Le choix le plus logique est, même aux yeux des Romains, de désigner son fils ou d’en adopter un. Au , après l'assassinat de Néron, Galba adopte en hâte Pison, Othon se prépare à adopter son neveu et Vitellius présente son enfant à ses soldats. Quand l’empereur régnant parvient à transmettre sans problème son pouvoir à son successeur, cela est considéré comme l’achèvement d’un règne réussiDagron, .. En fait, l’hérédité du trône n’est pas un principe de droit public, mais une pratique aristocratique admise par l’opinion romaine.
Aux , les empereurs sont créés par un nouveau groupe, l’état-major d'une armée. Il choisit le nouvel empereur, ensuite avalisé par le Sénat. Le rang impérial est devenu, aux yeux des militaires, le grade le plus élevé dans la hiérarchie des officiers.
Imperator
Le terme français empereur provient du mot latin imperator, lequel appartient à la famille de imperare (commander) ou imperium (commandement, pouvoir). Le mot imperator désigne un général victorieux ayant été acclamé par ses troupes et ayant ainsi eu droit au triomphe, accordé par le Sénat. Cependant, après le triomphe, en même temps que son imperium (pouvoir de commander les troupes), il devait déposer également son titre.
Jules César est le premier dirigeant romain à porter ce titre, suivi par Auguste, premier empereur. Le titre d'imperator tombe ensuite en désuétude avant de refaire surface sous le règne de Néron ; il est ensuite porté comme prænomen par tous les empereurs romains. De là découle le fait que le titre imperator devient essentiellement porté par l'empereur. Les généraux victorieux, même acclamés par leurs soldats, voient souvent cette acclamation être ajoutée à la liste de celles de l'empereur.
Les Romains abrégeaient le terme imperator en IMP, et ce terme apparaissait généralement deux fois dans la titulature d'un empereur. La première fois donc en tant que prénom (prænomen), et la seconde fois en tant que titre, suivi du nombre de fois où l'empereur avait été, personnellement ou par ses généraux, acclamé (l'accession à l'Empire comptant pour une acclamation).
Des pouvoirs immenses
Grâce à l'imperium, l'empereur exerce un pouvoir sans partage en toute impunité. L’imperium est la puissance absolue et complète d’un officier sur le champ de bataille. Il a droit de vie et de mort sur ses hommes.
Cette puissance, initialement divisée entre plusieurs magistrats, est placée durant la période impériale dans les mains d'un seul homme. L'empereur décide de la paix et de la guerre, lève les impôts et est le maître des dépenses publiques. En sa qualité de Pontifex maximus, il est le maître des cultes publics et du droit religieux. Aucun autre pouvoir ne limite le sien. Chaque nouvel empereur a un rôle aussi indéterminé qu’immense. L’empereur peut légiférer directement par un édit ou un simple rescrit ayant la valeur d'une loi votée par le Sénat, car tout ce que l'empereur décide est légal. Il ne consulte le Sénat qu’à sa propre convenance, pour valider ses choix.
L'empereur a droit de vie et de mort sur tous ses sujets. Il peut même faire exécuter un sénateur sans jugement, car la vie de tout homme est à sa merci. L'empereur détient donc seul le pouvoir véritable, tout en affectant d’être un serviteur responsable de l’État. Cette ambivalence était l’essence même du césarisme.. De fait, le cérémonial, le culte impérial et le caractère sacré des images impériales créent un fossé entre les empereurs et le reste des hommes. De plus, aux yeux du peuple, l'empereur n’est pas un mandataire, mais un maître, un être supérieur par nature à ses sujets.
Un personnage « sacré »
Pour les Orientaux et une partie des populations hellénisées, l’empereur est un monarque, un basileus. Le lien de ce roi avec ses sujets se manifeste dans le serment d’attachement à la personne du souverain. Chaque année tous les habitants de l’Empire prêtent serment à l’empereur. Chaque sujet jure d’embrasser en toutes choses la cause du prince et de sa famille, de les défendre au prix de sa vie et de celle de ses enfants, d’être l’ennemi des ennemis de l'empereur et de dénoncer toute action, volonté ou parole qui leur seraient hostiles. Le culte impérial renforce encore le sentiment monarchique et le caractère divin du prince.
En plus de leur fonction pontificale (), les empereurs ont un statut divin, initialement après leur mort, et, depuis le dominat, à partir de leur accession au pouvoir. Cette sacralisation ne leur évite pas d'être régulièrement exposés à des morts violentes par assassinat (souvent en lien avec les troubles politiques qui marquent les guerres de succession), par suicide ou lors d'un combatJohn Scheid relève, de à 395, 30 morts de cause naturelle, 9 au combat, 40 assassinés le plus souvent au cours des premiers mois de leur règne. Cf ..
L'évolution du pouvoir impérial
vignette|Auguste de Prima Porta, statue de l'empereur Auguste dit Octave; 1er empereur romain
Le principat
Une fois au pouvoir, Octave évite de prendre les titres de roi et de dictateur, fatals à César ; cependant, tout en conservant les apparences de la république, il concentre dans ses mains de plus en plus de fonctions républicaines : il fut treize fois consul, et reçoit les pouvoirs de censeur et de tribun de la plèbe sans avoir exercé ces magistratures. De 31 à , il prépare la stabilisation du régime nouveau dont il est le fondateur : le principat. Lors de la séance du Sénat de janvier , la res publica est en apparence restaurée par ses soins et rendue au Sénat et au peuple. En fait, le Sénat ne conserve que l'administration de quelques provinces sans légion. Octave, qui reçoit peu après le titre d'Auguste, garde ses immenses pouvoirs et se voit confier l'administration des provinces frontières et donc le commandement des arméesPaul Petit, Yann Le Bohec, « Le Haut Empire », Encyclopædia Universalis, DVD, 2007.. Le nom d'Augustus souligne son caractère sacré et divin, et confère à ses décisions un poids considérable quoique sans fondement institutionnel. En , il reçoit la puissance tribunicienne complète et à vie, base civile de son pouvoir, et un imperium proconsulaire maius (plus grand que celui des proconsuls des provinces sénatoriales). En , il reçoit le titre de Père de la patrie, qui place sous sa protection l'ensemble du peuple romain. Partout il est le « premier », le princeps, donnant ainsi le nom du régime qu'il a fondé : le principat. Auguste intervient dans l'élection des magistrats grâce au droit de recommandation. Il peut choisir les nouveaux sénateurs et nommer à tous les échelons des fonctionnaires. Il dirige la diplomatie et la politique extérieure. Enfin, l'empereur dispose de moyens financiers considérables, grâce à sa fortune personnelle en partie héritée de César, aux revenus de l'Égypte, son domaine privé, et à certains impôts qui alimentent les caisses impériales. En même temps, il créa d’autres fonctions (préfets, légats des provinces impériales, …) dont les titulaires dépendaient entièrement de lui.
De plus, Octave se fit décerner par le Sénat romain les titres d'Imperator, dAuguste et de Princeps senatus (le premier à parler au Sénat).
Les premiers successeurs d’Auguste (Julio-Claudiens, Flaviens, Antonins) reprirent cette fiction d’un gouvernement au nom du Sénat et du peuple romain (SPQR = Senatus PopulusQue Romanus), tout en concentrant de plus en plus de pouvoir personnel. Les mots « Imperator » et « Augustus » devinrent des titres portés par chaque empereur.