Audierne est une ancienne commune française, située dans le département du Finistère en région Bretagne.
Elle fusionne le avec Esquibien, une commune limitrophe., pour former la commune nouvelle d'Audierne ; elle prend alors le statut de commune déléguée. Géographie
Audierne avant la fusion avec Esquibien
La commune d'Audierne (avant la fusion avec Esquibien) était de petite superficie (295 hectares) : riveraine au sud de l'Océan Atlantique (Baie d'Audierne) et à l'est de la ria du Goyen, la commune était limitée au nord et à l'ouest par la seule commune d'Esquibien. Son finage était en pente forte, s'élevant jusqu'à 67 mètres d'altitude dans sa partie nord-est, dans le quartier de Kerivoas, et déjà à une trentaine de mètres à faible distance de la mer et du Goyen, bordés par des falaises pentues assez élevées.
Le port d'Audierne s'est développé initialement dans une anse de la rive droite de l'estuaire du Goyen faisant fade à l'est, donc en situation d'abri par rapport aux vents dominants ; mais le port, en raison de l'exiguïté du site, a dû s'étendre progressivement vers l'aval le long de la rive droite en des endroits moins protégés (le port se livre surtout à la pêche de la langouste, du homard et de l'araignée de mer, espèces se développant dans les fonds côtiers de la baie d'Audierne). La ville elle-même s'étend de manière linéaire le long de cette même rive droite et plus difficilement, en raison des pentes et des altitudes, vers l'intérieur le long de petits vallons, principalement le long de l'actuelle D 784.
« À l'ouest du port d'Audierne, une éternelle vague blanche. Un ourlet qui rappelle, même les jours d'été, que l'entrée du port est un péril. (...) [C'est] une infranchissable barre quand le gros temps se lève et que grondent les vents du sud. (...) Combien de marins perdus, là, précisément, sous le regard affolé des mères, des femmes, des enfants ? ».
La partie nord de la commune est restée boisée (Bois de Suguensou) ; au sud, la grande plage de sable, qui s'étend à mètres de la localité, en contrebas de Sainte Evette, appartenait en bonne partie à la commune d'Esquibien.
Audierne depuis la fusion avec Esquibien
La commune nouvelle d'Audierne, depuis la fusion avec Esquibien, est beaucoup plus vaste, s'étendant sur 18,37 km².
Certains quartiers du centre-ville sont exposés au risque de submersion marine : par exemple la tempête "Aurore" du a provoqué lors de la marée haute une inondation de la rue Amiral-Guépratte, la rue Manu-Brusq, la rue Lesné, le quai Jean-Jaurès, la place de la Liberté..
Toponymie
Étymologie et origines
Déjà connue sous le nom de Trève du Goyen (Trefgoazien, terme utilisé jusqu'au début du ), Audierne est présente dans les annales maritimes bordelaises dès le , dans l'atlas du Vénitien Pétrus Vesconte sous le nom d’Odierna en 1313 et 1321, Goezian en 1410 Ernest Nègre, Toponymie générale de la France - Volume 2 - Page 1049 Trefgoazien (en 1507), Odjern (sur une carte hollandaise de 1580), Treffgoazien (au .
Le nom breton actuel de la commune est complètement différent de celui utilisé en français puisqu'il s'agit de « Gwaien »Office public de la langue bretonne (tapez "Audierne" ou "Gwaien") et est le même que celui du fleuve côtier, le « Goyen ».
Histoire
Préhistoire
Un imposant tumulus d'environ vingt mètres de diamètre se trouvait à Roz Kriben (dénommé aussi "Toul-Korriqued", "le trou des Korrigans"), une colline surplombant le port ; il est exploré en 1882 par Paul du ChâtellierHyacinthe Le Carguet, Notes archéologiques sur le Cap-Sizun avec indication des endroits à explorer, "Bulletin de la Société archéologique du Finistère", 1883, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2075789/f34.image ; arasé depuis, il en subsiste une allée couverte composée de quatre grands dolmens et des traces diverses de maçonnerie qui se terminent par un tertre où subsiste un menhir qui gît à terre. Ce lieu est une ancienne nécropole antique, ce qui a été prouvé par la découverte, à au sud-est, de cercueils de pierre avec ornements et poteries..
Antiquité
Une stèle gauloise, datant probablement du ou du avant J.-C., décrite en 1883 par Hyacinthe Le CarguetHyacinthe Le Carguet, Notes archéologiques sur le Cap-Sizun avec indication des endroits à explorer, "Bulletin de la Société archéologique du Finistère", 1883, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2075789/f35.image, et se trouvant dans le quartier de Kermabon (Mabon est le nom d'une ancienne divinité galloise), dont la trace avait été perdue, a été retrouvée en 2017 dans un talushttps://www.ouest-france.fr/bretagne/audierne-29770/sauvera-t-la-stele-de-kermabon-5469227.
Moyen Âge Audierne, qui était sous l'Ancien Régime une simple trève d'Esquibien, est issue du démembrement de la paroisse de Plogoff.. Le bourg d'Audierne était appelé "Trefgoazien" (la trève de Goazien, un saint breton qui est aussi à l'origine du nom "Goyen") jusqu'au début du , même si le port était connu sous le nom d'Audierne dès le début du .
Pietro Vesconte, cartographe génois, mentionne dans son "Atlas" publié en 1313 le nom d"Odierna".
L'ancien château d'Audierne, Coz-Castel, fut abandonné très tôt ; l'église Saint-Rumon fut construite dans ses douves. Hervé de Ker Hodierne est cité comme étant le seigneur du lieu dans le "Livre des Ostz".
En 1482-1483, le registre de la « comptablie », qui perçoit les taxes à l'entrée du port de Bordeaux enregistre 10 navires venant d'AudierneIl enregistre aussi 27 navires venant de Penmarch, 12 de Loctudy, 6 de Quimper, 4 de Bénodet, 2 de Blavet, voir Daniel Tanguy, Le cabotage sur les côtes méridionales de la Bretagne à la fin du , « Bulletin philologique et historique jusqu'à 1610 du Comité des travaux historiques et scientifiques », 1966, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6430324f/f250.image.r=B%C3%A9nodet.langFR.
Le naufrage d'un bateau d'Audierne
Une gwerz rappelle le tragique naufrage d'un bateau d'Audierne, de retour de Bordeaux, devant les Étocs, peut-être au . ; en voici un extrait traduit du breton : Qu'arrive-t-il aux gens de Penmarc'h Qu'ils maintiennent des feux dans leur église ? Chrétien de cœur, qui n'eut pleuré Et eut été près de Penmarc'h En voyant la mer bouillonner À cause des matelots qui se noyaient En voyant la mer devenir toute rouge Du sang des chrétiens qui s'y trouvaient.
Michel Le Nobletz aurait fait la prédiction de ce naufrage en 1617 pour punir les marchands d'Audierne qui seraient sortis de l'église alors qu'il s'apprêtait à prêcherHyacinthe Le carguet, "Bulletin archéologique du Finistère", tome 26.
Époque moderne thumb|left|140 px|Copie de la dalle funéraire d'Yves Kerloc'h, un marin breton d'Audierne, décédé en 1532 à Sluis (Zélande, Pays-Bas)[Musée d'Audierne]. thumb|Église Saint-Raymond : carvelle sculptée au-dessus de l'entrée. En 1536, on note 90 bateaux à Audierne et 1400 marins dans le Cap-Sizun et au des bateaux d'Audierne et des autres ports du Cap-Sizun fréquentent déjà les abords de Terre-Neuve si l'on en croit la toponymie locale (des lieux-dits y sont dénommés "Île d’Audierne", "baie des Trépassés" et "Pointe du Raz")..
En 1596, pendant les troubles de la Guerre de la Ligue, Christophe d'ArradonChristophe d'Arradon, quatrième des cinq fils de René d'Arradon, seigneur de Kerdréan, Qinipily, Camors, Botblezven, La Grandville, chevalier du roi et de Claude de Guého, capitaine de d'armes, frère de René d'Arradon et de Georges d'Arradon, surnommé le baron de Camors, à la fois ligueur (il avait par exemple participé à la reprise de Blavet, alors tenue par les huguenots, le ) et brigand, dévaste les ports d'Audierne et de Pont-Croix, puis s'installe au château du Cosquer en Combrit et, de là, opère des raids dans la région de l'embouchure de l'Odet, rançonnant les marchands de Pont-l'Abbé et l'Île-TudyÉtienne Raut et Léon Lallement, La Ligue au Pays de Vannes et les Aradon, "Bulletin de la Société polymathique du Morbihan", 1934, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6561153v/f123.image.r=Tudy.langFR.
En 1590, en pleine période des Guerres de religion, sur 849 navires ayant fréquenté le port de Bordeaux, 80 venaient du Cap Sizun et 55 de Penmarc'h. Plusieurs églises de la région, dont l'église Saint-Rumon d'Audierne, sont ornées de carvelles. Vers la fin du et au début du , des bateaux d'Audierne s'aventurent jusqu'aux Canaries ainsi qu'en Méditerranée (plusieurs marins d'Audierne furent d'ailleurs victimes des Barbaresques) ou encore jusque dans le Sund. Au milieu du , Audierne possède 150 chaloupes de pêche et compte environ .
Le célèbre prédicateur Julien Maunoir prêcha deux missions à Audierne en 1643 et 1669.
Pour entrer ou sortir du port, les capitaines faisaient souvent appel à des pilotes. Certains provoquant parfois volontairement l'échouage du bateau qui leur était confié, afin qu'il soit pillé. Ce fut le cas vers 1720 du Don de Dieu, un navire de Libourne qui devait quitter le port d'Audierne.. et fut aussitôt pilléMarie-Christine Theurkauff, Naufrageurs et pilleurs sur les côtes de Cornouaille au XVIIIe siècle (1723-1791), Gwéchall. Le Finistère autrefois", tome 1, Quimper, 1978..
En juin 1725, 52 pèlerins de retour du pardon de Saint-Tugen (en Primelin) se noyèrent entre Audierne et Poulgoazec, leur bac ayant coulé.
La seconde moitié du et le furent pour Audierne une période de déclin en raison des guerres quasi-permanentes avec l'Angleterre. Dumanoir, premier maire d'Audierne, écrit en 1790 : «La ville d'Audierne, autrefois florissante et opulente, par les différentes branches du commerce qu'elle embrassait, est totalement tombée en ruine et en désuétude. Presque tous les habitants sont réduits à la peine et en grande partie à la mendicité ».
Il faut attendre l'essor de la pêche à la sardine et des conserveries dans la seconde moitié du pour que le port retrouve la prospérité.
En 1759, une ordonnance de Louis XV ordonne à la paroisse d'Audiern [Audierne] de fournir 6 hommes et de payer 39 livres pour « la dépense annuelle de la garde-côte de Bretagne »"Ordonnance... portant imposition pour la dépense annuelle de la garde-côte de Bretagne", 1759, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97412315/f7.image.r=Plovan?rk=21459;2.
Jean-Baptiste Ogée décrit ainsi Audierne en 1778 :
La Révolution française et le Premier Empire
La ville d'Audierne élit quatre délégués (De Lécluze, Botsey, Maubras et Kerillis), pour la représenter à l'assemblée du tiers-état de la sénéchaussée de Quimper au printemps 1789"Archives parlementaires de 1787 à 1860 ; 2-7. États généraux ; Cahiers des sénéchaussées et bailliages", série 1, tome 5, 1879, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k49520z/f514.image.r=Plovan?rk=4206029;2.
La loi du « relative à la circonscription des paroisses du district de Pont-Croix » donne à la paroisse d'Esquibien comme succursales Primelin, Audierne et l'Île-de-Sein" Collection complète des lois promulguées sur les décrets de l'assemblée nationale, imprimée par ordre de l'assemblée nationale", tome 12, 1791, consultable http://www.archives-finistere.fr/medias/medias.aspx?INSTANCE=exploitation&PORTAL_ID=portal_genere_EACCPF_C000274.xml.
L'école d'hydrographie d'Audierne fut fondée en 1791 par Armand Louis Tréhot de ClermontArmand Tréhot de Clermont, né le à Pont-Croix, sénéchal de la juridiction du marquisat de Pont-Croix, puis avocat, député aux États généraux, puis à l'Assemblée nationale, décédé le à Pont-Croix., fils de Louis Tréhot de Clermont, alors maire de Pont-Croix.