Les ascenseurs à bateaux du canal du Centre sont quatre ascenseurs à bateaux hydrauliques construits en Belgique entre 1888 et 1917. Ils permettent de compenser ensemble une dénivellation de . De ces quatre ascenseurs, le premier permet de rattraper une dénivellation de , les trois autres de chacun. Le site des quatre ascenseurs du canal du Centre, dans les communes de La Louvière et du Rœulx (Hainaut), a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco en 1998.
Histoire
Le un décret impérial de prévoit la création d'un canal de navigation entre Mons et Charleroi pour permettre de joindre l'Escaut à la Meuse par la Haine et par la Sambre. Pas moins de onze projets seront déposés entre 1811 et 1871. Toutes les tentatives pour réunir le canal Mons-Condé à la Sambre via le canal Charleroi-Bruxelles avec proposition d'exécution par concession des péages, échouent principalement en raison du grand nombre d'écluses, de la cascades de biefs très courts et des difficultés d'alimentation en eau qui en résultent.
En 1871, le gouvernement belge envisage de construire le canal à ses frais. Ce projet fait l'objet d'opposition car certains milieux craignent que le canal, quasi parallèle à la ligne de chemin de fer Mons-Manage, ne porte préjudice aux intérêts du rail.
Mais à partir de 1877, le marché charbonnier belge subit une forte concurrence de l'industrie houillère française et allemande dont les produits, expédiés par wagons, arrivent même jusqu'à Charleroi. Disposer d'une grande ligne de navigation passant par la région du Centre devient nécessaire et urgent.
À la suite d'une entrevue du ministre des Travaux publics, Auguste Beernaert le avec une délégation des milieux économiques et politiques, un crédit sera octroyé par la Chambre des représentants pour financer les premières études qui seront entreprises par l'Administration des Ponts et Chaussées.
Les études successives se heurtent aux obstacles déjà constatés, le grand nombre d'écluses nécessaires et la consommation d'eau qui en résulte. La recherche d'une solution alternative s'impose.
Jean Kraft, ingénieur en chef de la société John Cockerill proposa la formule de l'ascenseur à bateaux d'Anderton (Cheshire) à de Liverpool en Angleterre) mise au point par l'ingénieur en 1874Robert Halleux. Cockerill. Deux siècles de technologie. Éditions du Perron. 2002..
L'ingénieur en chef du Hainaut, Morelle, se rend sur place le pour étudier la machine et son rapport, qui conclut à l'adoption du même type d'ascenseur pour le canal du Centre, est remis le à Charles Sainctelette, le nouveau ministre des Travaux publics.
Le un crédit de sera inscrit au budget pour le creusement du canal et la construction de quatre ascenseurs hydraulique à bateaux de type Clark. Les budgets seront revu à la hausse pour adapter le réseau fluvial au gabarit Freycinet de , les « Canaux houillers du Hainaut » recevant un crédit de .
Le , après cinq années de fonctionnement, une des presses en fonte de l'ascenseur d'Anderton se rompt au cours d'une manœuvre ordinaire. Dans un rapport, Clark conclut que la cause est le tassement de la fondation en bois au fond de la presse. Deux commissions d'enquête d'ingénieurs belges sur place présentant des conclusions contradictoires, le ministre Charles Sainctelette consulte les ingénieurs français responsables du projet de l'ascenseur à bateaux des Fontinettes sur le canal de Neufossé à Arques (Pas-de-Calais) dont le modèle est également l'ascenseur de Clark. Leur choix en faveur de l'ascenseur anglais rassure le ministre qui conclut un contrat pour la commande de quatre élévateurs.
L'étude des charpentes métalliques et de la machinerie des ascenseurs est menée conjointement par Edwin Clark et Jean Kraft. Deux ans seront nécessaires pour disposer d'un projet définitif. L'exécution est adjugée à la société John Cockerill de Seraing le pour la somme de .
Après la phase d'étude du tracé, les achats à l'amiable ou l'expropriation de propriétés privées ou publiques et l'adjudication publique, les travaux de terrassement débutent le .
Les puits destinés aux presses et les maçonneries de l'ascenseur numéro 1 de Houdeng-Gœgnies prennent fin en . En , les parties métalliques sont en place et des essais sont effectués pour s'assurer de l'étanchéité des conduites sous pression. Les premiers balancements débutent le .
Les essais se poursuivent jusqu'au , date à laquelle le roi Léopold II procède à l'inauguration. Cette inauguration se déroule dans une ambiance tendue et un contexte social difficile. Deux membres du parti socialiste républicain créé l'année précédente par Alfred Defuisseaux, Pierre Loor et Paul Conreur, accueillent le roi aux cris de et . vignette|Salle des machines et ascenseur numéro 3 avant la pose des parties métallique. Dans les années qui suivent, diverses difficultés allaient entrainer des retards considérables. En 1892, le canal est creusé de Mons à Thieu () et ouvert à la navigation sur . À l'est, il est exploité jusqu'au pont-tournant de Houdeng-Aimeries. Mais, en 1894, après l'achèvement des maçonneries, la construction des trois derniers ascenseurs est arrêtée à la suite de problèmes d'étanchement du bief compris entre les ascenseurs numéro 3 et 4. Le sol y était criblé d'anciennes exploitations houillères et l'eau s'engouffrait dans les galeries de mines. Il a été nécessaire d'établir une cuvette bétonnée, armée par endroit, d'une épaisseur entre 15 et sur une longueur de . Il faut attendre 1909 avant que les parties métalliques des ascenseurs puissent être mises en place. À ce moment, le canal était sous eau sur une longueur de sur un total d'environ .
Les travaux sont confiés à la société John Cockerill pour la machinerie. Les charpentes métalliques sont réalisées par les ateliers de construction Lecocq de Hal. vignette|gauche|Extrait de la carte des chemins de fer et des voies de grande navigation de la Belgique de 1914. Le canal du Centre inachevé. En , la Belgique est envahie par l'Allemagne et les travaux sont arrêtés. Deux ans plus tard, sous peine de représailles, les sociétés belges sont mises en demeure par les autorités allemandes de poursuivre les travaux. Le canal du Centre apparait à leurs yeux comme une voie stratégique pour acheminer vers la France des troupes et du matériel militaire.
Malgré la lenteur d'exécution, le canal du Centre s'ouvre à la navigation sur toute sa longueur et les premiers bateaux empruntent celui-ci en . Après le conflit, les ascenseurs sont complétés et revus et l'inauguration officielle à lieu en 1919.
Le a lieu la commémoration du centième anniversaire de l'ascenseur de Houdeng-Gougnies. À cette occasion, il fut jumelé à l'écluse-ascenseur de Peterborough établie sur le canal Trent and Severn au Canada.
Les ascenseurs à bateaux du canal du Centre, qui n'ont subi aucune modification depuis leur mise en service, ont été classés au patrimoine mondial par l'UNESCO en 1998. Des huit ascenseurs à bateaux de ce type construits à la fin du et au début du , les quatre du canal du Centre sont les seuls fonctionnant encore avec leur machinerie et leur mécanisme d'origine.
Depuis 2002, l'usage de ces ascenseurs est limité à la navigation de plaisance. Pour le trafic de marchandises, l'ascenseur de Strépy-Thieu est désormais opérationnel.
Fonctionnement vignette|Extrait du mémoire d'Edwin Clark.
Un ascenseur hydraulique constitue en quelque sorte une balance géante dont les plateaux sont remplacés par des bacs fixés chacun au sommet d'un piston. Chaque piston coulisse dans un cylindre appelé « presse ». Les deux presses sont reliées entre elles par une tuyauterie de communication munie d'une vanne qui règle le mouvement des sas.
Lorsqu'un bateau pénètre dans le bassin d'un sas, il en chasse une quantité d'eau égale à son poids selon le principe d'Archimède. Le poids du bassin ne change donc pas. Pour une hauteur d'eau de , le poids du contenu de chaque sas est de , qu'un bateau s'y trouve ou non. Quand, après fermeture des portes, les deux presses sont mis en communication, les deux plateaux de la balance se déplacent verticalement pour attendre le point d'équilibre à mi course selon le principe des vases communicants. Une surcharge est donc nécessaire pour rendre la manœuvre complète et d'inverser la position des sas. La surcharge est de , l'équivalent d'une augmentation de la hauteur de l'eau contenu de . Pour prendre cette surcharge, la manœuvre est arrêtée en fermant la vanne quand le sas descendant est plus bas que le niveau du canal amont. L'eau nécessaire à la surcharge est alors introduite en levant légèrement les portes.
Phases et durée d'une bassinée La durée totale d'une bassinée, c'est-à-dire le temps nécessaire pour faire passer un bateau d'un bief à l'autre, est d'environ . Étant donné qu'il y a deux sas, si un bateau utilise le second en même temps, la durée est réduite virtuellement de moitié. Le balancement des sas est d'une durée de et pour franchir la dénivellation de . Le temps restant est celui nécessaire à l'accrochage ou décrochage des portes, de la levée ou descente des celles-ci et de l'entrée et sortie des bateaux.
Jonction, accrochage des portes, remplissage de l'espace entre les portes : et ; Levée des portes et verrouillage : ; Entrée du bateau dans le sas : 5 à ; Effacement des verrous, descente des portes, disjonction, vidage entre-porte : ; Balancement des sas : et , soit une vitesse de translation de ; Jonction, accrochage des portes, remplissage de l'espace entre les portes : et ; Levée des portes et verrouillage : et ; Sortie du bateau : 5 à ; Effacement des verrous, descente des portes, disjonction : .
Description des ascenseurs
Ascenseur numéro 1 de Houdeng-Gœgnies
Ascenseurs numéros 2, 3 et 4
Salle des machines
Détail des ouvrages Ouvrages principaux + Description générale Ascenseur 1 Ascenseur 2 Ascenseur 3 Ascenseur 4 Photo 200px 200px 200px 200px Lieu Houdeng-Gœgnies Houdeng-Aimeries Strépy-Bracquegnies Thieu Coordonnées
Mise en service (fonctionnement) (inauguration) août 1917 (fonctionnement)1919 (inauguration) Cote amont
Chute
Cote aval
Patrimoine wallon
Patrimoine exceptionnel wallon
Patrimoine mondial
Ouvrages associés Portes de garde Houdeng-Gœgnies Cantine des Italiens Houdeng-Gœgnies Régulateur de bief et siphon Houdeng-Gœgnies Pont Capitte Houdeng-Gœgnies Pont rouge Houdeng-Gœgnies Pont de Houdeng-Gœgnies Pont du Croquet Houdeng-Gœgnies Pont tournant de Houdeng-Aimeries Pont fixe de la chaussée de Bois-du-Luc - Houdeng-Aimeries Salle des machines Strépy-Braquegnies (commune aux ) Pont tournant de Strépy-Bracquegnies Pont-levis de Strépy-Bracquegnies Ancien pont-levis de Strépy Pont-levis de Thieu vignette|Pont-levis de Thieu avec à l'arrière plan l'ascenseur numéro 4.Initialement, pour manœuvrer le pont-levis, le poids du pontier et celui des contrepoids suffisaient à la levée du tablier de . Pour faciliter le travail de l'agent, un treuil mécanique fut fixé sur le côté du portique. Nouvelle écluse et station de pompage Thieu Écluses désaffectées de Thieu ( et ) Pont-levis de Ville-sur-Haine
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie « Le canal du Centre en Belgique et l'ascenseur pour bateaux », dans Le Génie civil, , tome XIV, , , planche X
Jean-Pierre Gailliez et Carl Norac, Le canal du Centre : quand les bateaux prennent l'ascenseur, Casterman, 1994 . .
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Articles connexes Liste des ascenseurs à bateaux
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