, de son nom Léopold Louis-Philippe Marie Victor de Saxe-Cobourg-Gotha, né le au palais royal de Bruxelles (en Belgique) et mort le au château de Laeken (dans le même pays), est le deuxième roi des Belges (du au ), prince de Belgique, duc de Saxe, prince de Saxe-Cobourg et Gotha, duc de Brabant (1840-1865). Il succède à son père, , au trône de Belgique en 1865. Par sa mère Louise d'Orléans, il est le petit-fils de , roi des Français. Il est le frère de Charlotte, impératrice consort du Mexique.

a été le fondateur de l'État indépendant du Congo (1885-1908), un projet privé pris de sa propre initiative comme une union personnelle avec la Belgique. Grâce aux expéditions de Henry Morton Stanley, il a réussi à le faire reconnaître à la conférence de Berlin de 1884-1885, tout en le considérant et en l'administrant comme sa propriété personnelle. a dirigé le pays en utilisant les mercenaires de la Force publique. Il a extrait une fortune du territoire, d'abord de l'ivoire et ensuite du caoutchouc par le travail forcé de la population indigène.

L’administration par de l'État libre du Congo a été caractérisée par des atrocités et une brutalité systématique, incluant tortures, meurtres et amputations des mains d'hommes, femmes et enfants quand les quotas de production de caoutchouc n'étaient pas atteints. En 1890, George Washington Williams utilise le terme de « crimes contre l'humanité » pour décrire les pratiques de l'administration de Léopold au Congo.

Ceci et d'autres faits ont été établis par des témoignages directs et une commission d'enquête internationale en 1904. Les estimations modernes du déclin de la population congolaise pendant son règne vont de 1 à 15 millions, avec un consensus autour de 10 millions.... Plusieurs historiens contestent ces chiffres en citant l'absence de recensements fiables.

En 1908, les rapports sur les exactions et la pression du Congo Reform Association et d'autres groupes internationaux a incité le gouvernement belge à reprendre l'administration du Congo à Léopold dans un nouveau territoire, le Congo belge.

est également passé à la postérité comme le « roi bâtisseur ». Soucieux du développement urbain, il a radicalement transformé des villes comme Bruxelles ou Ostende, tout en apportant une touche urbanistique moderne à Anvers et dans les serres de son domaine de Laeken.

Souverain d'un État constitué neutre, entouré de puissants voisins, il a également prôné le développement militaire défensif du pays, que ce soit en fortifiant Anvers, Liège ou Namur ou en imposant, la veille de sa mort, une réforme du service militaire, en vue de le rendre plus égalitaire.

Biographie Prince héritier de Belgique

Naissance et famille vignette|redresse|La reine Louise d'Orléans avec son fils le prince Léopold, duc de Brabant. Peint par Franz Xaver Winterhalter, 1838. gauche|vignette|redresse|Le prince Léopold durant son enfance. Portrait par John Partridge, 1841. Léopold, né au palais royal de Bruxelles le , est le second fils de , premier roi des Belges, et de la reine Louise d'Orléans, fille du roi des Français . Léopold a un frère aîné mort au berceau : Louis-Philippe (1833-1834), un frère cadet : Philippe comte de Flandre (1837-1905) et une sœur : Charlotte, future impératrice consort du Mexique (1840-1927).

Continuité dynastique vignette|gauche|redresse|Léopold, jeune duc de Brabant. Portrait par Franz Xaver Winterhalter, 1844.La naissance de Léopold, quatre années après la proclamation de l'indépendance, assure la continuité dynastique d'une nation encore fragilisée . L'absence de reconnaissance de la souveraineté belge, par des puissances européennes de premier plan, telles que l'Autriche et la Russie, menace également sa pérennité. Pour consolider l'existence de la Belgique, il fallait que son roi ait un héritier mâle en ligne directe.

Enfance et adolescence La naissance de son frère aîné, prénommé Louis-Philippe en hommage au roi des Français, son grand-père maternel, avait suscité autant d'enthousiasme, que sa mort au berceau engendra de désespoir. À sa naissance, le second fils du roi est prénommé Léopold, comme son père, affirmant la continuité de la dynastie belge. L'enfant est chétif et malingre.

Prudent, le roi ne manifeste aucune joie. Décrivant son fils âgé de sept mois, son père écrit : . En 1837 naît un troisième fils prénommé Philippe en hommage à son grand-père maternel et aux ducs de Bourgogne qui régnèrent sur les états constituant la Belgique au . En 1840, le roi remet à l'honneur au profit de ses deux fils les titres de duc de Brabant, pour l'aîné, et celui de comte de Flandre, pour le cadet. La langue maternelle de Léopold est le français ; l'héritier apprend aussi l'anglais et l'allemand. Si on lui donne l'écrivain néerlandophone Hendrik Conscience comme précepteur, cette nomination demeure honorifique car Léopold n'apprendra jamais la langue néerlandaise, ni le flamand.

Gendre du roi des Français, le roi est également l'oncle de la reine Victoria et de son époux, ainsi que leur mentor. La Révolution française de 1848, qui épargne la Belgique, entraîne l'abdication du roi des Français, Louis-Philippe. Ce dernier se réfugie en Grande-Bretagne où règne Victoria, cousine germaine du jeune prince Léopold, et meurt deux années plus tard, en .

La fragile reine des Belges, Louise d'Orléans, bouleversée par la mort de son père, voit s'altérer davantage sa santé. Elle prend froid au cours d'un service funèbre à Bruxelles, et meurt prématurément le de la même année, à Ostende, à l'âge de trente-huit ans. Léopold a alors quinze ans et est très affecté par la mort de sa mère, qui s'occupait personnellement des enfants royaux, auprès desquels vont alors se succéder plusieurs gouverneurs. vignette|redresse|Léopold de Belgique, Duc de Brabant, en uniforme de gala des grenadiers, par Nicaise de Keyser (1853). Un mois après la mort de la reine Louise, la reine Victoria conseille au roi : À sa majorité, le duc de Brabant devient de droit membre du Sénat belge et prend une part active aux discussions importantes, notamment celles concernant l'établissement d'un service de navigation entre Anvers et le Levant en 1855. La même année, il séjourne auprès de l'empereur durant trois semaines à Paris lors de l'Exposition universelle..

Mariage vignette|gauche|redresse|Léopold et Marie-Henriette vers 1857. vignette|gauche|redresse|Léopold et Marie-Henriette en 1864. Le changement de régime en France affaiblit la position du roi des Belges, qui était le gendre du souverain déposé par la révolution de 1848. Pour faire face à la chute de prestige de la monarchie belge, Léopold, duc de Brabant, qui vient en 1853 de fêter ses dix-huit ans, s'avère d'un précieux secours pour son père, qui l'emmène faire le tour des cours allemandes et autrichienne. Après s'être rendus à Gotha, Dresde et Berlin, père et fils arrivent à Vienne où quelques jours plus tard, les fiançailles de Léopold avec une archiduchesse issue de la séculaire et catholique maison d'Autriche sont annoncées. À peine trois mois plus tard, le , par-devant le bourgmestre Charles de Brouckère, Léopold épouse civilement au palais royal de Bruxelles, puis religieusement à la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule Marie-Henriette de Habsbourg-Lorraine, archiduchesse d'Autriche et princesse palatine de Hongrie. Âgée de seize ans, fraîche, vive, passionnée d'équitation au point de dispenser elle-même des soins aux chevaux, cette cousine de l'empereur est la fille de Joseph, archiduc d'Autriche (lui-même fils de , empereur romain germanique) et de Dorothée de Wurtemberg. D'aucuns ironisent sur ce , la « religieuse » étant le timide et renfermé Léopold qui avoue s'être résigné au choix de son père pour lui.

Ce mariage pour raisons diplomatiques est mal accueilli en France par , qui voit d'un mauvais œil le succès de la famille royale belge quand lui-même a été refusé par les dynasties régnantes et s'est contenté d'épouser une aristocrate espagnole..

Après les cérémonies nuptiales, le jeune couple entreprend la tournée des villes belges avant de s'embarquer en octobre pour un long séjour en Angleterre, auprès de la reine Victoria, qui après les avoir observés, écrit en au roi Léopold : À cette missive, le roi des Belges répond que La différence de personnalités entre les jeunes époux se fait jour lors d'un séjour aux Tuileries en 1855, comme le note la comtesse de Westmorland :

Les voyages de jeunesse Pendant des années, la santé du duc de Brabant avait donné maints motifs d'inquiétude : le moindre froid lui causait de sérieuses bronchites, tandis qu'une tenace sciatique le conduisait souvent à boiter. Les médecins conseillèrent donc un séjour prolongé sous un climat chaud. C'est ainsi qu'avant de devenir roi, de 1854 à 1865, Léopold parcourt le monde, visitant non seulement les pays méditerranéens, mais aussi l'Inde et la ChineEncyclopædia Britannica, King of the Belgians, 1911, vol.16, p.461 tout en songeant à des débouchés économiques pour la Belgique. vignette|redresse|Léopold de Belgique par Étienne-Gabriel Bocourt, paru dans le Monde illustré en 1865. De Grèce, il envoie en 1860 à Frère-Orban, alors ministre des Finances, une plaque de marbre de l'Acropole, sur laquelle il a fait graver ces mots : .. Il effectue également trois voyages en Égypte: le premier durant l'hiver 1854-55 en compagnie de son épouse dans le cadre d'un voyage en Orient qui dure neuf mois; un autre en 1862-63, au cours duquel il visite le chantier du canal de Suez). et un dernier séjour en 1864. Lors de son premier voyage en Égypte, Léopold est conquis par cette contrée : « Notre voyage en Haute-Égypte et nos excursions en Nubie ont réussi à merveille sous le rapport de la santé car Leurs Altesses Royales ne se sont jamais mieux portées [...] Ce séjour en Égypte est extrêmement agréable au duc de Brabant, il cherche de mille manières à le prolongerE.A.Jacobs, Le premier voyage du futur en Orient (1854-55) d'après des documents inédits, in Bulletin de l'Académie royale des Sciences d'Outre-Mer, Bruxelles, 1965, p.207. »

À la fin de 1864, Léopold s'embarque à Marseille pour Alexandrie. Il se rend une fois encore à Suez pour constater les travaux d'achèvement du canal puis poursuit sa route jusqu'à Ceylan. Il met pied à terre à Colombo et visite l'île, où tout l'intéresse et l'enchante. Il inaugure le chemin de fer de Colombo à Kandy et se passionne pour le développement économique de la première vraie colonie qu'il visite. De retour sur le continent, Léopold fait un tour complet de l'empire indien (Madras, Calcutta, Bénarès, Agra, Dehli et Lahore). Il poursuit son périple par Rangoon, Singapour, Sumatra et enfin la Chine, dont il a tant rêvé. Lorsque le duc de Brabant revient six mois plus tard à Bruxelles, il retrouve son père en mauvaise santé et bien vieilli.

Roi des Belges Avènement au trône vignette|Prestation de serment du roi . 1865. Le , , premier roi des Belges, meurt. Son fils, désormais , prête le serment constitutionnel le . Le nouveau roi a trente ans. Lors des cérémonies de l'avènement, sa popularité est remarquée par les observateurs étrangers. C'est ainsi que Lord George Clarendon, secrétaire britannique des Affaires étrangères, n'hésite pas à dire : . En 1865, Léopold et Marie-Henriette, mariés depuis douze ans, sont parents de trois enfants, dont un fils Léopold, alors âgé de six ans.

Début de règne vignette|redresse|Portrait du Roi Léopold II (Copie du tableau de Louis Gallait par Henri Gosselin, conservé aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, huile sur toile, 1875) Selon la Constitution, le roi aurait pu former un nouveau gouvernement lors de son accession au trône. Il décide cependant de maintenir en place le cabinet libéral, dirigé depuis 1857 par Charles Rogier. Lorsqu'il réunit le cabinet pour la première fois le , il affecte la modestie en ne le présidant pas :