vignette|Quand elle est « ouverte », la ripisylve bénéficie à la fois de l'eau et de ses nutriments, et de la lumière réverbérée, et est ainsi généralement exubérante. thumb|Ripisylve et succession de végétaux, ici sur une seule berge, ayant valeur de corridor biologique, d'aménité paysagère, de lieu d'intense productivité ligneuse et d'épuration de l'eau, gage de protection des berges. vignette|L'entrelac racinaire hors d'eau et immergé fait partie intégrante des écosystèmes de ripisylve, avec des fonctions dépassant celle de maintien des berges. Elles sont notamment impliquées dans l'épuration de l'eau et l'offre en caches et lieux de reproduction pour de nombreuses espèces. vignette|Boisement riparien linéaire jouant un rôle manifeste de corridor biologique boisé, de zone tampon et probablement de filtration et protection de l'eau (évitant ou réduisant la turbidité). vignette|En zone tropicale, les ripisylves sont souvent les dernières zones déboisées (Río Papaloapan, Cosamaloapan). vignette|En zone tempérée, en hiver et au début du printemps, les ripisylves de feuillus laissent la lumière pénétrer l'eau, mais peuvent ensuite former une forêt galerie. vignette|Ripisylve encastrée, bénéficiant d'un microclimat favorable (, près de la côte de la mer Noire. vignette|Marais saumâtre entouré d'une ripisylve.
La forêt riveraine, rivulaire ou ripisylve. (étymologiquement du , « rive » et , « forêt ») est l'ensemble des formations boisées, buissonnantes et herbacées présentes sur les rives d'un cours d'eau, d'une rivière ou d'un fleuve, la notion de rive désignant le bord du lit mineur (ou encore lit ordinaire, hors crues) du cours d'eau non submergé à l'étiage.
La notion de ripisylve désigne généralement des formations boisées linéaires étalées le long de , , ou moins (si la végétation s'étend sur une largeur de terrain inondable plus importante, dans le lit majeur d'un cours d'eau, rivière ou fleuve, on parlera plutôt de ).
Il semble qu'il faille bien distinguer la ripisylve (forêt riveraine), de la zone riparienne (zone géographique), dont cette forêt participe. Si l'usage courant utilise souvent le terme de ripisylve dans ce sens, une ripisylve semble toujours « riparienne », alors qu'une zone riparienne n'est pas nécessairement une ripisylve (elle n'est pas toujours nécessairement boisée). La notion de zone riparienne quant à elle est proche de celle de « berge » mais plus précise et orientée vers l'écologie ou les sciences et arts du paysage ou de l'environnement tout comme la notion de ripisylve.
Les ripisylves jouent un rôle écologique importantGregory, S. V., F. J. Swanson, W. A. McKee, and K. W. Cummins (1991) An ecosystem perspective of riparian zones. BioScience 41:540–551.. En particulier, elles offrent des habitats naturels spécifiques (« écotoniaux »), variant selon l'altitude et l'importance du cours d'eau (du ruisseau ou torrent de montagne jusqu'à l'estuaire et parfois la mangrove). Elles forment des corridors biologiques, augmentent la connectivité écologique des paysagesTriquet, A. M., G. A. McPeek, and W. C. McComb (1990), Songbird diversity in clearcuts with and without a riparian buffer strip. Journal of Soil and Water Conservation, July–August:500–503 et jouent pour ces raisons un rôle majeur pour le maintien de la biodiversité (biodiversité forestière et des cours d'eau notamment), aux échelles régionalesNaiman, R. J., H. Decamps, and M. Pollock. 1993. The role of riparian corridors in maintaining regional biodiversity. Ecological Applications 3:209–212. Enfin, véritables filtres, elles protègent la qualité de l'eau et d'une partie des zones humides du bassin versantLowrance, R., R. Todd, J. Fail, Jr., O. Hendrickson, Jr., R. Leonard, and L. Asmussen (1984), Riparian forests as nutrient filters in agricultural watersheds. BioScience 34:374– 377.Gilliam, J. W. 1994. Riparian wetlands and water quality. Journal of Environmental Quality 23:896–900., les berges et les sols riverains.
Fonction de maintien des berges Des arbres isolés et hauts risquent plus que la moyenne d'être déchaussés par le courant. Des berges uniquement couvertes d'herbacés peuvent être creusées par le dessous, et s'écrouler par pans entiers. C'est la diversité des essences et des végétaux, des types de plantes et les entrelacs racinaires qui rendent les ripisylves si résistantes.
Pour assurer une protection maximale des berges contre l'érosion, la ripisylve doit être large d'au moins sur chaque berge. Elle doit être dense, équilibrée et dominée par les buissons pour conserver 15 à 20 % d’éclairement. « Équilibrée » signifie qu'elle doit être composée d'arbres de tous les âges et de trois strates végétales : arborescente avec par exemple : érable argenté, frêne, sycomore… arbustive, avec par exemple : saule, aubépine, coudrier… herbacée, avec par exemple : typha, jonc, carex, ou des espèces de la famille des Poaceae.
L'association des systèmes racinaires des végétaux rivulaires maintient dans ce cas de manière optimale la terre des berges à toutes les échelles : les graminées stabilisent le sol à l'échelle des mottes de terre grâce à leurs racines, les arbustes fixant de petites portions de berges à l'aide de leurs racines et radicelles, les arbres stabilisant le tout par sections de plusieurs mètres de berges.
Fonction de corridor La ripisylve est un corridor biologique particulier, qui a d'importantes fonctions d'abri et de source de nourriture pour un grand nombre d'animaux (reptiles, oiseaux, mammifères, poissons, crustacés, insectes et autres invertébrés associés aux berges) ; ils y vivent ou en dépendent indirectement comme source de nourriture. Certaines espèces leur sont partiellement inféodées (castor par exemple, qui enrichit et complexifie les ripisylves par sa présence, surtout quand il construit des barrages), d'autres s'y réfugient lors d'inondations importantes. La fonction « corridor » se manifeste de deux grandes manières ; comme « conduit » (eau, berges) permettant à des espèces de circuler (dans les deux sens) ; comme lieu d'un flux emportant des propagules et graines. Ces propagules se font ainsi passivement transporter ; essentiellement de l'amont vers l'aval (hydrochorie directionnelle), avec quelques exceptions lors des crues, ou quand des poissons ou oiseaux "remontent" des graines ou propagules vers l'amont ou d'autres bassins versants. Cette forte directionnalité des flux de gènes et propagules a des impacts complexes sur la diversité génétique de certaines populations et métapopulations (crustacés, plantes aquatiques ou palustres). Les propagules se déposent le long des berges de manière différentiée selon les espèces en fonction de la saison et de la hauteur de l'eau, mais aussi de la capacité des graines à flotter plus ou moins longtemps ou à s'accrocher aux aspérités des berges.
L'étude de ces phénomènes vise notamment à mieux comprendre pourquoi et comment l'artificialisation des berges, la destruction ou l'insularisation écologique des « annexes hydrauliques » (bras morts, zones humides adjacentes, etc.) des cours d'eau peut menacer la biodiversité et la survie de tout ou partie des espèces utilisant l'hydrochorie pour coloniser de nouveaux milieuxHenry, C., C. Amoros, and N. Roset. 2002. Restoration ecology of riverine wetlands: A 5-year post-operation survey on the Rhône River, France. Ecological Engineering 18:543-554.Henry, C. P. and C. Amoros. 1995. Restoration Ecology of Riverine Wetlands: I. A Scientific Base. Environmental Management 19:891-902.Jacquemyn, H. , O. Honnay, K. Van Looy, and P. Breyne . 2006. Spatiotemporal structure of genetic variation of a spreading plant metapopulation on dynamic riverbanks along the Meuse River. Heredity 96 : 471 – 478.Jansson, R., U. Zinko, D. M. Merritt, and C. Nilsson. 2005. Hydrochory increases riparian plant species richness: a comparison between a free-flowing and a regulated river. Journal of Ecology 93:1094-1103.
Fonction d'habitat Pour les habitants de la rivière (poissons, insectes), cavités, racines et radicelles offrent de nombreux abris (vis-à-vis du courant et des prédateurs) et parfois de support de ponte. D'autre part, l'ombre portée sur la rivière semble rassurante pour de nombreuses espèces qui réduisent leur activité en pleine lumière (espèces lucifuges). Elle permet aussi de garder l'eau assez fraîche en été (essentiel pour les salmonidés) et de limiter le colmatage de frayères par des algues.
C'est un écotone notamment apprécié des martins-pêcheurs, des loutres, ou des castors (qui la modifient et y entretiennent des ouvertures dans la strate arborescente), qui joue parfois un rôle important de zone tampon ou de refuge pour les animaux (en cas de sécheresse, ou en cas de coupe rase à proximité par exemple).
Fonctions épuratrices Le système racinaire de la ripisylve, et la fonge et les bactéries qui y sont associés (symbiotes ou non) constituent également une pompe épuratrice pour certains polluants (phosphates et nitrates d'origine agricole ou urbaine, radionucléides, etc.)http://www.mddep.gouv.qc.ca/eau/bassinversant/fiches/bandes-riv.pdfRuffinoni C (1994) Rôle des ripisylves dans la réduction des pollutions azotées diffuses en milieu fluvial (Doctoral dissertation) (résumé INIST-CNRS)..
Fonction inertielle La ripisylve joue aussi un rôle majeur de ralentisseur de l'onde de crue, contribuant aussi à la rétention normale de sédiments (diminuant le risque de surcreusement des rivières qui peuvent entraîner une baisse de la nappe).Si elle est source de matériaux (branches, feuilles) risquant de faire embâcle en aval, elle en bloque d'autres venant de l'amont, très efficacement dans le cas des ripisylves qui poussent sur des « chevelus » de rivière (systèmes aussi dits en tresses).
Potentiel de restauration Dans de nombreuses régions, un important linéaire de ripisylve pourrait être reconquis ou qualitativement amélioré. Par exemple, la Wallonie disposait en 2006 de kilomètres de cours d’eau, constitués à 80 % de petits cours d’eau (moins de de large) de bonne qualité car situés en forêt pour plus d'un tiers de ce linéaire. JB SchneiderSchneider J-B . Plaidoyer pour une restauration des cordons rivulaires naturels des ruisseaux et ruisselets forestiers. Forêt Wallonne 86 : 43-57 (15 p., 11 fig., 18) estime qu'environ 40 % des ripisylves wallonnes sont cependant trop artificielles (espèces et structure inadéquates). Les peuplements de résineux (acidification, ombre dense) sont en cause, mais aussi l'ombre des peuplements monospécifiques trop denses qui nuit aux strates basses qui fixent aussi les berges et à la biodiversité. Là où il n'y a plus de castors et de grands herbivores, les ripisylves ne sont plus éclaircies et là où les chevaux et vaches sont densément présents, ils mangent toutes les pousses avant qu'elles ne s'épanouissent.
Diversité biologique La biodiversité au sein des ripisylves est souvent élevée, voire très élevée en zone tropicale. En zone tempérée, aux niveaux locaux, la diversité biologique des plantes ligneuses et forestières semble dépendre à la fois de l'histoire de la forêt, de la naturalité du cours d'eau et du boisement, et de la position biogéographique, ainsi que de sa position dans le bassin versantDaniel A. Sarr, David E. Hibbs. (2007) Multiscale controls on woody plan diversity in western oregon riparian forest. Ecological Monographs 77:2, 179-201 Online publication date: 1-May-2007 (Résumé en anglais)..
Évaluation de la qualité des ripisylves