Dante Sauveur Gatti, dit Armand Gatti, né le à Monaco et mort le à Saint-MandéRelevé des fichiers de l'Insee., est un journaliste, poète, écrivain, dramaturge, metteur en scène, scénariste et réalisateur libertaire, Sylvie Clidière, Institut national de l'audiovisuel, 9 avril 1976, lire en ligne.AFP, « Figure du théâtre libertaire, Armand Gatti s'éteint à l'âge de 93 ans », RTBF, 7 avril 2017. français.

Engagé dans la Résistance à partir de 1942, il est arrêté en 1943. Il parvient à s'échapper d'un camp de travail en Allemagne, où il avait été envoyé, et s'engage dans les maquis de Corrèze. Fin 1944, il s'engage au sein du régiment de chasseurs parachutistes ( RCP) en Grande-Bretagne.

Devenu reporter après la guerre, il rend compte des luttes ouvrières menées en France et des massacres de paysans indigènes par la dictature militaire au Guatemala.

Par la suite, il tourne plusieurs films, dont l'un, L'Enclos, est primé en 1961 à Cannes, et se concentre sur l'écriture pour le théâtre. Il doit faire face à la censure qui frappe plusieurs de ses œuvres sur décision du gouvernement gaulliste, en raison de leur caractère politique..

Biographie

Jeunesse et formation Né à Monaco en 1924 d’un père anarchiste italien et d’une mère piémontaise, Dante Sauveur Gatti passe son enfance dans le bidonville du Tonkin, à Beausoleil, avec son père, Augusto Reiner Gatti, éboueur et balayeur, et sa mère, Laetitia Luzano, femme de ménage. La famille s’installe ensuite dans la même banlieue monégasque, dans le quartier Saint-Joseph. Il suit ses études au séminaire Saint-Paul à Cannes. Enfant du , résistant, évadé, journaliste et voyageur, ses mémorables rencontres à travers le monde ont profondément influencé son œuvre.

Seconde Guerre mondiale En 1941, il est exclu du petit séminaire et entre en première au lycée de Monaco. Il écrit une épopée signée « Lermontov » où il se moque de ses professeurs, ce qui entraîne son exclusion le .

En 1942, il exerce divers petits métiers, dont celui de déménageur, et de sous-diacre à l’église Saint-Joseph. Le , son père Auguste meurt des suites d’un tabassage lors d’une grève d’éboueurs. Il part alors en Corrèze, dans le maquis, avec la recommandation du père gramscien d’un de ses amis.

Fin 1943, il est arrêté à Tarnac. Gracié en raison de son jeune âge, il est emprisonné à Tulle, puis transféré à Bordeaux où il est travailleur forcé à la construction de la base sous-marine. Transféré à Hambourg, à l’entreprise Lindemann, il s’en évade et rejoint en Corrèze l’un des nombreux maquis dépendant de Georges Guingouin.

En 2017, mis en cause par l’amicale des déportés du camp de Neuengamme, Gatti confirme qu’il n’y était pas, mais qu'il était dans un camp de travail proche, à Hambourg, celui de Lindemann., recensé après la guerre par le Service international de recherches (ITS, à Bad Arolsen) comme camp (lager) gardé (ueberwacht)Dès 1950, le nom du camp a été effacé du catalogue de l’ITS à la demande de la famille héritière de l’entreprise Lindemann, pourtant identifiée comme l'une des entreprises allemandes de l'organisation nazie Todt (ou OT), « employeuse » pour la construction du mur Atlantique de « volontaires » du Service du travail obligatoire, ainsi que de prisonniers de guerre et de déportés juifs, communistes, espagnols…. Il assure ne pas avoir été assujetti au STO, ce qui est confirmé par la suite.

En 1944 et 1945, il est parachutiste à Londres dans le Special Air Service ( SAS) mais n'effectue pas d'opération. Renvoyé dans ses foyers le , il passe la nuit de Noël avec Philippe Soupault, auquel l’a présenté un ami parachutiste. Celui-ci consacre quelques pages au « jeune homme » dans son Journal d’un fantôme :

Carrière Sur recommandation d’un ami monégasque, Gatti entre en au Parisien libéré comme rédacteur stagiaire. Entre 1946 et 1947, il y rencontre celui qui sera son ami de toujours, Pierre Joffroy. Pendant quelques mois, il est « locataire clandestin » à la Cité universitaire, au pavillon de Monaco. Puis il emménage sur l'île Saint-Louis, dans un hôtel meublé, 29 quai d’Anjou, sorte de phalanstère d'artistes où Roger Dévigne a ouvert un atelier et où sont logés Gilles Deleuze, Georges Arnaud, Karl Flinker, Georges de Caunes, Michel Tournier, Yvan Audouard, Alejandro Otero et François-Jean Armorin. Kateb Yacine les rejoint en 1952. Dans les salons de Tézenas, il rencontre Henri Michaux, Pierre Souvchinsky, Yves Benot, Paule Thévenin, André Berne-Joffroy, Guy Dumur, Michel Cournot. Journaliste le jour, poète la nuit, il commence l’écriture de Bas-relief pour un décapité, puis d’une pièce intitulée Les Menstrues.

En 1948 et 1949, avec Pierre Boulez et Bernard Saby, devenus ses amis, il accueille John Cage, Morton Feldman, Merce Cunningham et Morton Brown. Nommé, le , rédacteur au Parisien libéré, il y devient la même année reporter, position qu’il gardera jusqu’à son départ du journal en 1956.

Années 1950 En 1950 et 1951, il réalise des reportages souvent cosignés avec Pierre Joffroy sur des sujets variés : spiritisme, justice, pauvreté, collaboration, exploitation de la main-d’œuvre en Martinique… Fin 1951, il part pour l’Algérie où il rencontre Kateb Yacine.

En 1952, il écrit à Cologne le poème Oubli signal lapidé, musique de Pierre Boulez, par l’ensemble vocal Marcel Couraud. Il assiste à un concert de Pierre Boulez, au théâtre des Champs-Élysées, où il prend à partie les spectateurs qui protestent contre cette musique.

En 1953, il assiste au procès d'Oradour-sur-Glane. « La Justice militaire », article publié dans la revue Esprit, dénonce l’acquittement d’un capitaine de gendarmerie « coupable d’avoir fait passer de vie à trépas quelques maquisards ». Il poursuit sa réflexion sur la justice avec un réquisitoire virulent contre le déroulement du procès de Pauline DubuissonEsprit de janvier..

En 1954, il apprend le métier de dompteur pour réaliser l’enquête « Envoyé spécial dans la cage aux fauves » qui lui vaut le prix Albert-Londres. Devenu grand reporter, il voyage en Amérique latine (Costa Rica, Salvador, Nicaragua). Envoyé spécial au Guatemala, il assiste à la chute du gouvernement d'Árbenz et rencontre un jeune médecin argentin, Ernesto Guevara, le futur Che. Il interviewe l’écrivain Miguel Ángel Asturias pour Les Lettres françaises.

En 1955, il entre à Paris Match. Passant par la Russie, la Sibérie et la Mongolie, il part pour trois mois en Chine avec Chris Marker, Michel Leiris, Jean Lurçat, Paul Ricœur et René Dumont. À la découverte du théâtre chinois – et tout particulièrement de Kouan Han Shin, auteur du – il rencontre Mei Lan Fang, prodigieux comédien de l'opéra de Pékin, et retrouve son ami Wang, connu à Paris à la fin des années 1940, qui l’introduit auprès de Mao Tsé-Toung. Il revient par le Transsibérien.

En 1956, le livre Chine paraît aux éditions du Seuil, dans la collection « Petite Planète » dirigée par Chris Marker. Il est naturalisé français. Pour France-Soir, il écrit une longue série d’articles, « J’ai filé les détectives privés », et part en voyage avec Joseph Kessel à Helsinki.

En 1957, il finit d’écrire la pièce Le Poisson noir, issue de son voyage chinois. En juin, il accepte le poste de rédacteur en chef de LibérationLe quotidien de Paris, fondé par Emmanuel d’Astier de la Vigerie. et part en septembre en Sibérie avec Chris Marker pour le tournage du film Lettre de Sibérie et l’écriture du livre Sibérie, - zéro + l’infini.

En , il part pour la Corée du Nord et la Chine, avec une délégation où se retrouvent, entre autres, Chris Marker, Claude Lanzmann, Francis Lemarque et Claude-Jean Bonnardot. Le gouvernement nord-coréen lui propose de réaliser un film. Il en écrit le scénario, Moranbong, Chronique coréenne et en commence le tournage en collaboration avec Bonnardot qui finira le film et en assurera le montage en France.

En 1959, il écrit pour Libération – où sa longue absence lui a fait perdre son poste de rédacteur en chef – un reportage, « La Chine contre la montre ». Il suit le Tour de France à moto, interviewe Marlon Brando et écrit en décembre pour Paris Match, où il est devenu grand reporter, son dernier article comme journaliste : « La France pleure Gérard Philipe ». Avec Le Poisson noir, que le Seuil a édité l’année précédente, il obtient le prix Fénéon de littérature. Jean Vilar monte en 1959 Le Crapaud-Buffle au Théâtre Récamier, seconde salle de Théâtre national populaire (TNP).

Années 1960 En 1960, il réalise en Yougoslavie son premier film, L’Enclos, dont il a écrit le scénario et les dialogues avec Pierre Joffroy.

En 1961, L’Enclos est présenté dans plusieurs festivals où il obtient des prix : à Cannes, celui de la critique ; à Moscou, où il rencontre Nazim Hikmet, celui de la mise en scène ; à Mannheim, où il reçoit une mention spéciale hors concours.

En 1962, trois spectacles sont créés ; La Vie imaginaire de l’éboueur Auguste G., à Villeurbanne (dirigé par Robert Gilbert et Roger Planchon), dans une mise en scène de Jacques Rosner ; La Deuxième Existence du camp de Tatenberg, par Gisèle Tavet, au Théâtre des Célestins, à Lyon ; Le Voyage du Grand Tchou, dans une mise en scène de Roland Monod au TQM de Marseille. Il réalise à Cuba son second film, El otro Cristóbal.

En 1963, El otro Cristóbal représente Cuba au Festival de Cannes et y obtient le prix des Écrivains de cinéma et de télévision. Gatti met en scène l'une de ses pièces : Chroniques d’une planète provisoire, au théâtre du Capitole, à Toulouse.

En 1964, il met en scène Le Poisson noir au Théâtre Daniel-Sorano, à Toulouse. De retour d’Algérie, il écrit Selma, le scénario d’un film non réalisé sur la guerre d’Algérie.

En 1965, il rencontre Erwin Piscator, avec lequel il s’entretient à la télévision allemande. Sa pièce La Deuxième Existence du camp de Tatenberg est créée à Essen, en RFA. Il travaille à un projet sur Staline, Mort de Staline, à travers l’œil d’une mouche, dont les seules traces écrites se trouvent dans le livre-mémoire d’Antoine Bourseiller, publié en 2007. Gatti écrit ensuite le scénario de L’Affiche rouge, qui lui fait rencontrer de nombreuses organisations d’anciens résistants de la MOI (main-d’œuvre immigrée), dont Mélinée Manouchian et Arsène Tchakarian. Le sujet sera traité, plus de dix ans après, avec La Première Lettre, série de six films, à L’Isle-d’Abeau.

En 1966, il crée deux pièces : en janvier, au TNP-Palais de Chaillot, Chant public devant deux chaises électriques et en mai, à Saint-Étienne, Un homme seul.

En 1967, à la demande du Collectif intersyndical d’action pour la paix au Vietnam, il écrit un texte sur la guerre, La Nuit des rois de Shakespeare par les comédiens du Grenier de Toulouse face aux événements du Sud-Est asiatique : V comme Vietnam, qu’il met en scène en avril, au Théâtre Daniel-Sorano, à Toulouse. Le Groupe V est fondé à l’issue de la tournée de quarante-cinq dates en France, Belgique, Suisse et Grande-Bretagne (Bradford). Dès cette époque il rencontrera son ami le poète toulousain Serge Pey, qui traversa avec lui une partie de son engagement poétique jusqu'à ses derniers jours.