, en latin Chlodovechus, né le et mort à Paris le , est roi des Francs saliens, puis roi de tous les Francs de 481 à 511.

Issu de la dynastie des Mérovingiens, il est le fils de , roi des Francs saliens de Tournai (aujourd'hui en Belgique), et de la reine Basine de Thuringe. Chef militaire, il accroît considérablement le territoire du petit royaume des Francs saliens, dont il hérite à la mort de son père, pour unifier une grande partie des royaumes francs, repousser les Alamans et les Burgondes et annexer les territoires des Wisigoths dans le sud de la Gaule ainsi que le royaume de Soissons contrôlé par Syagrius et qui correspond à une partie de la Lyonnaise romaine.

Le règne de Clovis est surtout connu par la description qu'en fit Grégoire de Tours, évêque gallo-romain dont l'Histoire des Francs est riche d'enseignements. La visée de ce livre, essentiellement édifiante, manque de précision et de cohérence historique. Les éléments de la vie de Clovis ne sont pas connus de manière certaine et leur « habillage » est le plus souvent suspect. Clovis est considéré dans l'historiographie comme l'un des personnages les plus importants de l'histoire de France, notamment à travers sa conversion au christianisme.

Sources Le règne de Clovis est l'un des moins bien documentés de la dynastie mérovingienne ; les sources le concernant reposent sur de rares documents qui lui sont contemporains — une dizaine de lettres allusives, dont une lui est attribuée, et qui fait moins de quinze lignes — connues par des copies tardives, pas toujours très fiables., et sur des auteurs qui écrivent près de trois générations après sa mort.. Cette documentation lacunaire a permis « de largement spéculer sur la figure du fondateur de la dynastie mérovingienne » qui « réduit à sa seule consistance historique vérifiable […] serait demeuré dans la discrétion de l'histoire savante »..

L'essentiel des connaissances relatives à Clovis provient du récit rédigé à la fin du par l'évêque Grégoire de Tours, né longtemps (près de trente années) après la mort du roi franc. Ce récit occupe une courte partie — quinze courts chapitresUne vingtaine de pages d'édition courante. — du de la chronique universelle connue sous le titre dHistoire des Francs. Grégoire entend faire de Clovis, premier roi franc baptisé, une figure fondatrice, qu'il dépeint à l'image d'un souverain de l'Ancien Testament, dans un récit qui est à ce titre sujet à caution. Sa narration des événements suit un découpage par tranches de cinq années, peut-être une réminiscence des quinquennaliaNotices résumant les événements majeurs d'un règne. ou des lustra romaines : accession au trône à , guerre contre Syagrius à 20, baptême à 30, consulat à 40 et décès à 45.. À partir du , les copistes tendent à escamoter le premier volume des Histoires, contribuant à faire de Clovis le roi des origines..

Trois sources antérieures à celle de Grégoire de Tours décrivent la situation politique du Nord de la GauleEdward James, « Childéric, Syagrius et la disparition du royaume de Soissons », Revue archéologique de Picardie, 1988, /4, 9. à cette époque. Il s'agit de la Chronique d'Hydace, évêque de Chaves en GallaeciaA. Tranoy, « Hydace : Chroniques », Sources chrétiennes, 219, Paris, Éditions du Cerf, 1974., d'une chronique gallo-romaine du , la Chronica Gallica de 452 (continuée par la Chronica Gallica de 511) et de la Chronique de Marius, évêque d'AvenchesMarius d'Avenches, Chroniques (455–581), texte original et traduction. Œuvre numérisée et traduite par Marc Szwajcer.. Un siècle après Grégoire, le chroniqueur appelé Frédégaire propose un portrait « beaucoup plus baroque » du souverain franc, oscillant entre traditions germaniques et romaines.

Biographie vignette|Coupole du baptistère des Ariens de Ravenne. Au centre de la coupole, le Christ se fait baptiser par Jean dans le Jourdain. Il est représenté à côté d'un génie des eaux pour montrer qu'il n'est pas totalement humain..

Étymologie du nom de Clovis La langue maternelle de Clovis était une langue germanique du sous-groupe bas francique...

Son nom est connu seulement sous la forme latinisée Chlodovechus, qui correspond probablement à un nom francique, *Hlodowig (en écriture runique ᚺᛚᛟᛞᛟᚹᛁᚷ).Ce prénom est composé des racines hlod (« illustre ») et wig (« combat »). Le [k] (c-) initial est lié à une latinisation savante destiné à rendre le son [x] inconnu en latin. La forme populaire est Louis, d'où l'emploi du prénom Louis chez de nombreux rois des Francs et de France postérieurs. Fréquemment utilisée par les Mérovingiens, la racine hlod est aussi à l'origine de prénoms tels que Cloderic, , Clodomir ou ., que l'on suppose prononcés [xlod(o)wɪk] ou [xlod(o)wɪç].

Ce nom, composé de deux éléments : hlod (« renommée », « illustration », « gloire ») et wig (« bataille », « combat »), signifie « glorieux au combat »Laurence Charlotte Feffer et Patrick Périn, Les Francs Tome 2 : À l'origine de la France, Paris, Armand Colin, 1987, 130..

Fréquemment utilisée par les Mérovingiens, la racine hlod est à l'origine de noms tels que Clotaire (et ), Clodomir, Clodoald (Cloud) ou .

L'appellation actuelle (Clovis) du roi des Francs *Hlodweg résulte d'une série de mutations et de transcriptions du francique en latin, puis en langue d'oïl. Latinisé en Chlodovechus, ce nom évolue en Clodovicus, puis « Clovis »., mais aussi en Ludovicus (Ludovic) ; en allemand Hlodweg est devenu Ludwig.

En français, Ludovicus a fini par donner Louis (dès le Moyen Âge), nom porté par ayant effectivement régnéCe qui n'est pas le cas de Louis XVII (1785–1795)..

Contexte

Du déclin de l'Empire romain d'Occident et des « invasions barbares » résulte l'établissement durable de royaumes barbares dans l'Empire et notamment en Gaule. Les peuples fraîchement installés occupent des parties de territoire avec le statut de fédérés (fœdus) puis, avec la déliquescence du pouvoir romain en Occident, se constituent bientôt en royaumes indépendants cherchant à s'étendre au détriment des territoires voisins. Quand Clovis apparaît dans l'histoire, les Francs occupent le nord de la Gaule à la suite d'une série d'incursions souvent brutales.. Les Wisigoths dominent un vaste territoire au sud-ouest de la Gaule dont la frontière est marquée par la Loire, le Rhône et la Durance. Les Burgondes sont établis dans la Sapaudia à l'est de Lyon sur un espace qui s'étend de Langres à la Durance. Enfin, les Bretons, fuyant leur île, s'installent en Armorique vers le milieu du .

Les Francs constituent une ligue de peuples germaniques qui, bien qu'ayant établi un fœdus avec l'Empire., sont restés païens à la différence de peuples plus romanisés tels les Burgondes, les Ostrogoths, les Vandales ou les Wisigoths. qui adoptent largement le christianisme arien de tendance homéenne de Wulfila ; pour l'arianisme des peuples germaniques voir .. Malgré les tentatives d'harmonisation théologique et dogmatique afin de définir une orthodoxie., l'Empire est à cette époque traversé de débats christologiques qui opposent le christianisme nicéen au christianisme arien et perdurent tout au long du L'historiographie du sujet est abondante ; on trouve une vue générale des débats christologiques de l'époque par exemple dans ., et les dirigeants adhèrent tantôt à l'une ou à l'autre des professions de foi concurrentes. même si en Gaule les rapports entre les différentes confessions chrétiennes sont souvent dépourvus d'hostilité..

Enfance et formation Clovis est le fils du mérovingien , roi des Francs saliens de Tournai, et de la reine Basine de Thuringe., peut-être originaire de la Thuringe rhénane ou de la Bretagne insulaire.. Il est né à une date inconnue de la seconde moitié du , certains auteurs avançant les alentours de l'année 466.

Grégoire de Tours fait apparaître dans son récit en 457Grégoire de Tours, Histoire des Francs, , 12., lorsque celui-ci déshonore les femmes de ses sujets, provoque la colère de son peuple, qui le chasse. Il se réfugie alors en Thuringe pendant huit ans, probablement à partir de 451.. Vivant auprès du roi Basin, il séduit la femme de son hôte, Basine. Puis il retourne dans sa province ; les Francs saliens le réclament à nouveau sur le trône. Le roi épouse Basine qui, entre-temps, avait quitté son époux pour rejoindre le roi franc. De ce mariage naissent Clovis et trois filles : Alboflède ou Albofledis, baptisée en même temps que son frère, qui devient religieuse et meurt peu aprèsGrégoire de Tours, Histoire, , 31 : . ; Lantilde ou Landechildis, mentionnée brièvement par Grégoire de Tours ; elle aussi est baptisée en même temps que son frèreGrégoire de Tours, ibid. : . ; Audoflède ou Audofledis, que Clovis marie en 492 à Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths d'Italie..

Childéric, exerçant des fonctions administratives, doit résider dans une ou plusieurs cités de Belgique seconde et occuper le palais attribué aux gouverneurs romains. L'éducation de Clovis a dû se faire dans la partie de la résidence réservée aux femmes, le gynécée. Vers six ou sept ans, son père prend en charge son éducation., Clovis reçoit une instruction basée sur la guerre : des activités sportives, l'équitation et la chasse. Toutefois, il ne lui est pas possible de combattre avant l'âge de quinze ans.. Il parle le francique, et devant succéder à son père à la tête d'une province romaine, il apprend vraisemblablement le latin. Il n'est pas possible de prouver qu'il ait su lire et écrire. Il dut aussi se voir enseigner l'histoire de son peuple..

Avènement vignette|redresse=1.2|Les Francs saliens (en jaune) et rhénans ou ripuaires (en orangé) dans la première moitié du .

À la mort de son père, en 481 ou 482, Clovis hérite du royaume franc salien qui correspond à la Belgique seconde, province située entre la mer du Nord, l'Escaut et le Cambrésis, soit un territoire allant de Reims à Amiens et Boulogne, à l'exception de la région de Soissons, qui est contrôlée par Syagrius.

Le titre de « roi » (en latin rex) n'est pas nouveau : il est notamment dévolu aux chefs de guerre des nations barbares au service de Rome. Ainsi, les Francs, anciens fidèles serviteurs de Rome, n'en demeurent pas moins des Germains, des barbares païens, bien éloignés par leur mode de vie des Gaulois romanisés par près de cinq siècles de domination et d'influence romaine.

Clovis est alors âgé de quinze ans« Âge à coup sûr symbolique puisqu'il correspondait à la majorité guerrière chez les Francs » . et rien ne prédispose ce petit chef barbare, un parmi tant d'autres, à supplanter ses rivaux. Les historiens ont longtemps débattu de la nature de la prise du pouvoir par Clovis. Au , ils s'affrontent sur l'interprétation d'une lettre de l'évêque Remi de Reims. Montesquieu, dans l'Esprit des lois, penche pour une conquête du royaume par les armes, alors que l'abbé DubosDans son Histoire critique de l'établissement de la monarchie française dans les Gaules, parue en 1734, il a tenté de démontrer que les Francs pénètrent la Gaule, non en conquérants, mais à l'invite des Gaulois. prône la dévolution, par l'Empire romain finissant, de la Belgique seconde à la famille mérovingienneB. Dumézil, L'Histoire, 2010.. Aujourd'hui, cette dernière thèse l'emporte.

À la lumière des événements postérieurs, sa réussite militaire est due évidemment à ses qualités personnelles de chef (il est dit « astutissimus »B. Dumézil, 101. : « très rusé »), mais au moins autant à l'acquisition depuis longtemps par les siens de l'expérience romaine de la guerre ainsi qu'à sa conversion au christianisme qui renforce son alliance avec les élites gallo-romaines.